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28/01/2013 12:07 EST | Actualisé 30/03/2013 05:12 EDT

Egypte: l'opposition rejette le dialogue avec Morsi et appelle à manifester

La principale coalition de l'opposition égyptienne a rejeté lundi l'appel du président Mohamed Morsi à un dialogue national pour tenter de résoudre la nouvelle crise que traverse l'Egypte, qui a connu lundi sa cinquième journée consécutive de violences.

Des manifestations se poursuivaient dans la soirée dans les villes du canal de Suez, tandis que l'opposition a appelé à manifester vendredi.

Au Caire, une personne a été tuée lundi par un tir de chevrotine lors des heurts sporadiques qui se sont poursuivis toute la journée entre groupes de manifestants et policiers aux abords de la place Tahrir.

"Les hommes du ministère de l'Intérieur et +les milices+ des Frères musulmans tirent à la chevrotine depuis le toit des hôtels" alentour, a affirmé à l'AFP un militant présent sur la place, Ahmed Douma, faisant état de nombreux blessés.

Deux officiers et neuf soldats ont été blessés, et des manifestants ont mis le feu à deux fourgons des forces de sécurité, selon une source de sécurité.

Cinquante personnes ont péri au total dans les violences qui ont débuté jeudi soir, au moment où le pays marquait le second anniversaire du début de la révolte contre l'ex-président Hosni Moubarak, sur fond de mécontentement contre l'actuel chef de l'Etat islamiste.

Le Sénat a ratifié un projet de loi autorisant M. Morsi à déployer l'armée afin qu'elle participe au maintien de l'ordre jusqu'à la fin des législatives prévues dans les prochains mois, a rapporté l'agence officielle Mena.

Le Sénat, investi du pouvoir législatif en l'absence d'Assemblée nationale, a accordé à l'armée le pouvoir temporaire d'arrêter des civils.

Dans un discours offensif dimanche soir, M. Morsi avait décrété l'état d'urgence pour 30 jours dans les provinces de Port-Saïd, Suez et Ismaïliya, qui longent le canal de Suez.

Il avait aussi appelé les représentants de l'opposition, comme les partis islamistes le soutenant, à un dialogue national.

"Nous ne participerons pas à un dialogue vide de sens", a répondu Mohamed ElBaradei, figure de proue du Front du salut national (FSN), qui regroupe plusieurs mouvements et partis en majorité de gauche et libéraux.

Le Front réclame notamment que le président islamiste assume la responsabilité des violences de ces derniers jours, et la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Il a plus tard appelé dans un communiqué le "peuple à descendre sur toutes les places Tahrir vendredi 1er février pour (...) réaliser les objectifs de la révolution" et protester contre la mort de dizaines de personnes ces derniers jours.

Les heurts les plus meurtriers ont eu lieu à Port-Saïd. Trois personnes y sont décédées lundi des suites de leurs blessures, portant à 40 le bilan des violences déclenchées par la condamnation à mort samedi de 21 supporteurs du club de football local Al-Masry, impliqués dans des heurts meurtriers l'an dernier à l'issue d'un match contre le club cairote d'Al-Ahly.

Des habitants estiment que ce verdict a été motivé par le souhait d'éviter des troubles plus graves encore avec les supporteurs très organisés d'Al-Ahly, qui avaient menacé les autorités de "chaos" si les peines n'étaient pas assez sévères.

Ces violences reflètent les profondes divisions dans le pays mais aussi la persistance de l'hostilité d'une grande partie de la population envers la police, accusée de violations systématiques des droits de l'Homme.

Amnesty International, s'appuyant sur des témoignages, a condamné "l'usage par les services de sécurité d'une force létale (...) y compris contre des manifestants qui ne représentaient pas de menace imminente".

La Maison Blanche a condamné "avec force" ces violences, les plus meurtrières depuis l'élection en juin de M. Morsi, appelant les Egyptiens au dialogue pacifique.

M. Morsi a menacé de prendre d'autres mesures exceptionnelles si les violences persistaient.

En signe de défi, des habitants de Port-Saïd, Suez et Ismaïliya ont à nouveau manifesté lundi soir, bravant le couvre-feu imposé à ces villes de 21h00 heure locale à 06H00 pendant 30 jours, selon des témoins et la télévision.

Lundi, les funérailles des morts de la veille ont rassemblé des centaines de personnes à Port-Saïd, selon des images de la télévision d'Etat, tandis qu'à Alexandrie, la deuxième ville du pays, des centaines de personnes ont manifesté, en scandant des slogans hostiles aux Frères musulmans, d'après l'agence officielle Mena.

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