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27/01/2013 04:10 EST | Actualisé 28/03/2013 05:12 EDT

Le plan de sauvetage entravé par l'Allemagne et la convoitise, selon Chypre

Des responsables de la République de Chypre estiment que l'Allemagne, en pleine campagne électorale, et des pays envieux du rôle de l'île comme plate-forme financière entravent les efforts destinés à sceller un plan de sauvetage européen pour éviter sa faillite.

Nicosie, dont l'économie a été très affectée par la crise grecque, est en discussions depuis juin avec le Fonds monétaire international (FMI), l'Union européenne (UE) et la Banque centrale européenne (BCE) concernant un plan de sauvetage. Elle a estimé avoir besoin de quelque 17 milliards d'euros, dont 10 mds pour renflouer ses banques.

Des responsables allemands ont critiqué ce plan d'aide, et des médias outre-Rhin ont relayé des informations décrivant l'île méditerranéenne comme un paradis pour des fonds douteux, venant notamment de mafieux russes.

"Il s'agit d'une question politique en raison des élections allemandes", estime une source gouvernementale chypriote sous couvert de l'anonymat.

"Nous faisons en sorte de nous conformer à toutes les recommandations du Fonds monétaire international et de l'Eurogroupe pour que ces allégations disparaissent", a-t-elle déclaré à l'AFP, au sujet des accusations de blanchiment d'argent.

Elle estime en outre que ces accusations s'expliquent également par le fait "que certains pays souhaiteraient obtenir une part de notre gâteau, en tant que centre financier".

Selon l'ex-ministre des Finances Michalis Sarris, la question du blanchiment est sans cesse évoquée car il s'agit d'un "sujet sexy" et vendeur pour les médias et la campagne électorale en Allemagne.

"Chypre doit être au-dessus de tout soupçon et faire plus que le nécessaire pour démontrer qu'elle est un centre financier honorable", a-t-il dit à l'AFP.

"C'est évident que derrière les attaques contre Chypre se cachent des intérêts personnels. Ceux qui attaquent Chypre veulent prendre sa place comme centre international financier et d'investissement", a déclaré pour sa part jeudi le porte-parole du gouvernement, Stefanos Stefanou.

Selon lui, Chypre est le quatrième investisseur en Russie et le deuxième en Ukraine.

Alors que le gouvernement se dit ouvert à une surveillance plus approfondie de son secteur financier, le Parlement chypriote a lancé une campagne pour défendre en Europe la réputation "propre" de l'île .

"Nous faisons tout ce que nous pouvons pour appliquer toutes les recommandations internationales", a assuré un responsable de la Banque centrale, Michalis Stylianou.

Chypre a reçu "de très bonnes évaluations" en matière de lutte contre le blanchiment du comité Moneyval du Conseil de l'Europe, a-t-il souligné.

La Deutsche Bank a d'ailleurs estimé dans un rapport la semaine dernière qu'il y avait "une focalisation excessive" sur le blanchiment d'argent.

"C'est plutôt du statut de Chypre en tant que paradis fiscal doté d'un système bancaire opaque fortement utilisé par des étrangers qu'il s'agit", affirme le rapport, faisant référence à des dépôts de non-résidents s'élevant à 24 milliards d'euros, venus en grande partie de Russie.

Alors que Nicosie a déjà mis en oeuvre des mesures d'austérité sévères, visant à économiser un milliard d'euros comme demandé par la troïka UE-BCE-FMI, ses partenaires européens, dont l'Allemagne, l'ont appelé à mener davantage de réformes.

Les discussions entre la troïka et les autorités chypriotes n'avancent pas, notamment car ces dernières refusent de procéder aux privatisations réclamées. L'évaluation des besoins des banques a aussi pris du retard.

La zone euro a choisi d'attendre l'issue de la présidentielle chypriote, dont le premier tour aura lieu le 17 février, pour prendre une décision.

Mais les perspectives se détériorent: l'agence Fitch a abaissé vendredi la note de Chypre de deux crans supplémentaires, de BB- à B, ce qui la rapproche de la catégorie des pays considérés comme étant en défaut de paiement.

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