POLITIQUE
27/01/2013 11:23 EST | Actualisé 29/03/2013 05:12 EDT

Premières Nations: entre identité et modernité

CP

La grève de la faim de Theresa Spence est terminée, mais le mouvement Idle No More persiste dans ses démarches et les revendications autochtones continuent de s'épandre dans l'espace public. Assistons-nous à une forme de ghettoïsation volontaire d'un peuple ou à la volonté de préserver une culture qui a peur de s'éteindre?

«Personne n'est obligé de vivre dans une réserve, ils sont tous libres de quitter s'ils le souhaitent», précise l'ex-conseiller du premier ministre Stephen Harper et professeur en sciences politiques, Tom Flanagan. «Ils traînent des avantages avec eux, comme la couverture médicale complémentaire et l'admissibilité à des subventions pour l'enseignement supérieur.»

M. Flanagan explique que l'immunité fiscale exige de vivre dans une réserve parce qu'elle a été prévue à l'origine pour protéger les terres de réserve d'une éventuelle saisie pour non-paiement de taxes. Pour l'instigatrice d'Idle Nore More Québec, Melissa Mollen Dupuis, l'immunité fiscale rime plutôt avec un manque de perspectives d'emplois.

«Il serait possible, en théorie, de fermer les réserves et de convertir tous les avantages y étant associés pour les distribuer en des subventions individuelles à chaque Indien», admet Tom Flanagan. «Mais cela ne va pas se produire parce que les réserves sont protégées par les traités, qui sont maintenant constitutionnalisés. Et les Indiens, même ceux qui choisissent de vivre hors des réserves, sont émotionnellement attachés à l'idée d'avoir une assise territoriale.»

Melissa Mollen Dupuis est née dans une réserve à Mingan. Même si elle habite la ville de Montréal depuis 10 ans, elle retourne régulièrement sur le territoire où elle a grandi. La jeune femme ne craint pourtant pas la disparition des réserves sous leur forme actuelle, sous certaines conditions, si la notion de communauté culturelle demeure et dans la mesure où les autochtones sont consultés.

Mme Mollen Dupuis participe activement au débat entre le gouvernement canadien et les Premières Nations. Elle considère que la culture autochtone et le territoire peuvent être défendus avec autant d'ardeur par une Montréalaise que par un autochtone habitant sur une réserve.

«Il faut arrêter de penser qu'on est dans une bulle isolée en ville ou en forêt», a-t-elle dit en donnant l'exemple du Fleuve St-Laurent et des oiseaux qu'elle peut contempler même en étant à Montréal. «On est toujours dans le bois... même s'il est caché par de hauts édifices.»

Surmonter une économie déficiente

Tom Flanagan croit qu'une des raisons expliquant la précarité économique des Premières Nations réside dans leur dépendance envers l'État.

«Ils ont aussi à surmonter un énorme fossé culturel afin de participer à la société moderne», a-t-il expliqué. «Partout dans le monde, la transition est difficile pour les peuples de chasseurs-cueilleurs.»

Melissa Mollen Dupuis, quant à elle, pointe du doigt l'État. Selon elle, en mettant les Premières Nations dans des réserves et en les privant de leur identité autochtone s'ils en sortaient, le gouvernement a favorisé une séparation économique entre eux et le reste des Canadiens. Les réserves sont souvent loin des services publics dont jouit l'ensemble de la population et le coût des biens est parfois quadruplé. Mme Mollen Dupuis a donné l'exemple d'une facture s'élevant à plus de 115$ pour de la margarine, du papier hygiénique et des pâtes.

L'auteure du livre à paraître La Crise d'Oka, au-delà des barricades, Émilie Guilbeault-Cayer, critique le manque de volonté politique actuel et historique.

«On demeure dans une dynamique de dialogue rompu et de perspective de tutelle par l'État canadien», a déploré Mme Guilbeault-Cayer.

«La situation économique et politique des autochtones dépend des leviers qu'on leur accorde et en ce moment, on n'en accorde pas du tout», a-t-elle ajouté.

Il faudrait se pencher de nouveau sur le rapport de la commission royale d'enquête sur les peuples autochtones, critiquable mais offrant des pistes de réflexion intéressantes, d'après elle. Le rapport de 4000 pages, publié six ans après la Crise d'Oka, a pourtant été relégué aux oubliettes depuis. Les Premières Nations se battent encore aujourd'hui pour que soient prises en considération les recommandations de ce document.

Tom Flanagan entrevoit plutôt des «changements dans la législation afin de permettre une meilleure gestion des réserves, ce qui contribuera à l'amélioration du niveau de vie» mais le manque de consensus politique oblige le statut quo. D'après lui, la Loi sur les Indiens, jugée désuète par toutes les personnes interrogées, doit être remplacée par une loi plus large pour fournir un cadre juridique au même titre que pour les municipalités.

Par ailleurs, M. Flanagan a confirmé que le gouvernement Harper fera appel de la décision de la Cour fédérale quant à la reconnaissance du statut d'Indien pour les Métis et les Indiens non-inscrits, qu'il qualifie «d'un pas en arrière».

Selon l'avocate en droit autochtone, Alexandra Parent, certaines communautés des Premières Nations signent au cas par cas des traités pour se soustraire de la Loi sur les Indiens. D'autres n'en ont pas. Elle a précisé que, même si la Paix des Braves entre Québec et les Cris a été donné en exemple à plusieurs reprises comme étant le modèle de résolution de nation à nation, ce n'est pas un traité protégé par la Constitution. Me Parent croit qu'il sera difficile d'arriver à une seule et même loi pour toutes les communautés autochtones compte tenu des différences entre les communautés en terme de convoitise de territoire et d'économie, notamment.

Melissa Mollen Dupuis est persuadée que seul un «discours de nation à nation» permettra au Canada et aux Premières Nations de sortir de cette impasse. Comme deux personnes dans un canot, la communication est la clé pour s'orienter dans la même direction et arriver à destination, a-t-elle imagé.

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