NOUVELLES
25/01/2013 06:35 EST | Actualisé 27/03/2013 05:12 EDT

Manifs pour le deuxième anniversaire de la révolution en Égypte: sept morts

LE CAIRE, Égypte - Au moins sept personnes ont perdu la vie vendredi dans les nombreuses manifestations organisées à travers l'Égypte pour commémorer le deuxième anniversaire de la révolution, a annoncé l'agence de presse officielle égyptienne.

Six décès ont été rapportés à Suez, où de violents affrontements ont opposé les manifestants aux forces de l'ordre. Les manifestants ont notamment incendié un édifice qui abritait autrefois les bureaux du gouvernement local. Une autre personne est décédée lors d'affrontements à Ismailia, une autre ville bordant le canal de Suez, à l'est du Caire.

L'une des victimes est un adolescent de 14 ans, selon les autorités.

Au moins 480 personnes ont été blessées dans les violences survenues lors des manifestations à travers le pays, selon le ministère de la Santé, dont cinq personnes blessées par balle à Suez.

Deux ans jour pour jour après le début de la révolution en Égypte, la profonde division du pays était bien évidente vendredi, l'opposition ayant rallié des milliers de manifestants pour dénoncer le président islamiste Mohamed Morsi, accusé de ne pas avoir réalisé les objectifs démocratiques du soulèvement populaire de 2011.

Au moins 500 000 personnes ont participé aux différentes manifestations dans le pays.

Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées sur la place Tahrir du Caire, épicentre de la révolution qui a mené au renversement du président Hosni Moubarak. D'autres manifestants se sont massés devant le palais présidentiel et devant l'édifice de la télévision et de la radio nationales.

«Non au gouvernement corrompu des Frères musulmans!», «Deux ans après la révolution, où est la justice sociale?», scandaient les manifestants.

«Aujourd'hui, le peuple égyptien poursuit sa révolution», a déclaré Hamdeen Sabahi, un leader de l'opposition qui a fini troisième à l'élection présidentielle du mois de juin. «Les Égyptiens disent non à un État des Frères musulmans. (...) Nous voulons une Constitution démocratique, la justice sociale, le respect des droits des martyrs et des garanties pour des élections justes.»

Des manifestations ont aussi été organisées dans la plupart des grandes villes d'Égypte, notamment à Alexandrie. Les manifestants scandaient «Dégage! Dégage!» et «Le peuple veut la chute du régime!», les slogans de la révolte contre Hosni Moubarak qui visaient cette fois-ci son successeur élu, Mohamed Morsi.

Des affrontements entre manifestants et policiers ont éclaté en plusieurs endroits du pays, notamment autour de la place Tahrir, à Alexandrie et à Suez. Devant le palais présidentiel du Caire, des manifestants masqués ont tenté de forcer une barricade de la police, provoquant des tirs de gaz lacrymogènes des forces de l'ordre.

À Menouf et Shibin el-Kom, dans le delta du Nil, des manifestants ont bloqué les chemins de fer, interrompant la circulation des trains en provenance et à destination du Caire.

L'objectif principal des manifestants était d'organiser une démonstration de force pour pousser le président Morsi à amender la Constitution, adoptée à la hâte par ses alliés islamistes et approuvée rapidement par référendum. Plus largement, les manifestants voulaient montrer l'étendue du mécontentement populaire contre ce qu'ils estiment être le régime des Frères musulmans, l'organisation dont provient Mohamed Morsi, qui tente selon eux de prendre le contrôle de l'État plutôt que de construire une véritable démocratie.

La veille, le président avait prononcé un discours qui a montré la profondeur du fossé qui divise les deux camps. Il a dénoncé ce qu'il a appelé une «contre-révolution» menée par des «vestiges du régime déchu du président Hosni Moubarak afin de tout bloquer dans le pays».

Les dirigeants des Frères musulmans accusent de plus en plus l'opposition d'être antidémocratique et de vouloir renverser un gouvernement élu par le peuple.

Un manifestant, Ehab Menyawi, a déclaré qu'il n'éprouvait aucune animosité personnelle contre les Frères musulmans, mais qu'il s'opposait à leur approche de la politique.

«Les Frères pensent que les réformes ont été accomplies quand leur homme est arrivé au pouvoir et que ce fait en lui-même est une garantie contre la corruption», a-t-il dit, alors qu'il marchait en compagnie de 20 000 personnes en direction de la place Tahrir.