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24/01/2013 02:03 EST | Actualisé 26/03/2013 05:12 EDT

Pétrolia annonce le report de ses travaux à Gaspé

QUÉBEC - Pétrolia a officiellement suspendu ses travaux de forage à Gaspé, jeudi, sans toutefois renoncer à obtenir le feu vert de la municipalité, qui a voté un règlement bloquant son projet qui s'apprêtait à démarrer à 350 mètres d'une résidence.

Le président de l'entreprise, André Proulx, a soutenu que «la colère gronde» dans la population contre un règlement du maire de Gaspé, François Roussy.

M. Proulx a affirmé dans une entrevue qu'il reporte ses travaux pour une période indéterminée, afin de permettre à la situation d'évoluer.

«Le climat ne se prête pas à une entente actuellement, a-t-il dit. On a pris cette décision en raison des coûts, qui sont de 50 000 $ par jour. On essaie de faire en sorte que les choses prennent une autre tournure.»

Pétrolia écarte tout recours juridique, estimant que cette voie, si elle permettait d'invalider le règlement municipal, ne vaincrait pas l'opposition locale.

«Le règlement qu'ils ont fait est illégal, c'est évident, personne ne doute de ça, a dit M. Proulx. Même si je gagnais par voie juridique, la Ville sortirait un autre règlement sur autre chose.»

L'entreprise avait suspendu temporairement ses travaux la semaine dernière, confrontée à une décision municipale. Trois ministres du gouvernement du Québec ont tenté de dénouer l'impasse au cours des derniers jours.

La Ville de Gaspé a adopté en décembre un règlement pour protéger son approvisionnement en eau potable, mais Pétrolia conteste les craintes de la municipalité, soutenant que ses autorisations gouvernementales démontrent que ses activités ne constituent pas une menace.

«Leur règlement n'est pas appuyé sur des études», a dit M. Proulx.

Il estime que le litige vient surtout du fait que la municipalité souhaiterait avoir sa part des redevances versées par l'entreprise à l'État québécois, un partage dont il n'est pas responsable.

Mais M. Proulx a laissé une partie de ses équipements sur place car il est confiant que le mécontentement des citoyens favorables à son projet fera fléchir la mairie.

«La colère gronde à Gaspé, c'est la raison pour laquelle on a laissé de l'équipement», a-t-il dit.

Sans crier victoire, le maire Roussy a expliqué que la décision de Pétrolia témoigne de la volonté du gouvernement d'assurer que les projets pétroliers disposent d'appuis locaux suffisants.

«M. Proulx a dit qu'il veut se concentrer sur des gisements plus importants qui existent en Gaspésie, dont le gisement Bourque, qui est situé à 100 km de Gaspé, où notre réglementation n'a aucune portée. Ce serait tout à fait possible pour Pétrolia d'y aller», a-t-il dit.

Le puits Haldimand où Pétrolia a suspendu ses travaux était situé à Gaspé à 350 mètres d'une maison, à 4 km du centre-ville et à 2 km d'une baie où des pétoncles et des moules sont cultivées, a exposé M. Roussy, qui a ajouté que les analyses environnementales doivent être poussées plus loin.

«Il y a zéro étude présentement au niveau environnemental en Gaspésie, a-t-il dit. C'est clair qu'on a demandé aussi à connaître le contexte hydrogéologique, comment la nappe phréatique se nourrit. On n'a pas cette information. C'est clair qu'on doit avoir cette information, peu importe où on va forer.»

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a déclaré que le projet se heurte présentement à plusieurs obstacles.

«C'est une sage décision de Pétrolia et nous saluons sa décision qui permet de donner du temps pour que nous puissions, tous les intervenants, faire les démarches pour assurer un développement en concertation avec le milieu», a-t-elle dit.

Mme Ouellet a répété que l'entreprise avait un permis de forage mais non de fracturation hydraulique, ce qui minimise grandement les risques pour les eaux souterraines.

«C'est un puits qui est dans une zone habitée, donc beaucoup plus d'inquiétude de la part des municipalités et des citoyens, donc je pense qu'il est important de prendre le temps que l'ensemble des informations soient disponibles», a-t-elle dit.

Québec solidaire a réagi en qualifiant ce dénouement de «victoire pour la population», tandis que la Coalition avenir Québec a accusé le gouvernement d'être hostile au secteur pétrolier.

Les libéraux ont quant à eux soutenu que le gouvernement tarde à fournir un cadre légal aux entreprises et réclamé la modernisation de la Loi sur les mines.

À la Bourse de Toronto, jeudi, le titre de Pétrolia a perdu 0,04 $, clôturant à 0,99 $.