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24/01/2013 09:55 EST | Actualisé 26/03/2013 05:12 EDT

Les élections enrayent la droitisation en Israël

En faisant du centriste Yaïr Lapid un pilier incontournable du prochain gouvernement, une importante partie de l'électorat en Israël a rejeté la droitisation prédite par les sondages et son possible impact sur l'image internationale du pays.

Quelques jours avant le scrutin, les colons et le jeune Naftali Bennett, chef de file des nationalistes religieux du Foyer juif, auquel les sondages promettaient 15 sièges sur 120, restaient les stars d'une campagne plutôt terne.

Attaqué sur sa droite, le Premier ministre Benjamin Netanyahu multipliait les déclarations fortes, et la télévision diffusait un enregistrement de 2011 dans lequel Jeremy Gimpel, 14e sur la liste du Foyer juif, évoquait la destruction du Dôme du Rocher à Jérusalem, site sacré de l'islam.

Mais la percée du Foyer juif s'est arrêtée à 12 élus. Otzma LeIsraël, mouvement d'extrême droite anti-arabe, n'a pas franchi la barre des 2%.

Déjouant les pronostics, c'est un ancien conseiller du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin, 19ème sur la liste de Yaïr Lapid, qui entre in extremis au Parlement, et pas M. Gimpel.

"Ivres de pouvoir, les colons et les nationalistes ont lassé les gens et ont permis à une vedette de télévision sans expérience de faire passer 4 ou 6 sièges cruciaux du bloc de droite vers le bloc du centre à la Knesset", écrit jeudi Ari Shavit, éditorialiste du quotidien de gauche Haaretz.

"Cette semaine, la marche forcée vers la droite de la droite a pris fin", ajoute-t-il. "Contrairement à l'impression qui régnait ici en Israël et dans le monde, Israël n'est pas messianique, et pas raciste, et pas antidémocratique. Nous ne sommes pas tous Moshé Feiglin", le chef de file du lobby des colons, élu sur la liste du Likoud, le parti de "Bibi" Netanyahu.

C'est la révolte "des sains d'esprit sur les cinglés en Israël", insiste-t-il.

"La majorité silencieuse d'Israël, les gens qui travaillent, paient des impôts, vont à l'armée, restent réservistes et particulièrement ceux qui ont choisi de vivre ici librement, se sont levés de leur canapé, ont mis un bulletin dans l'urne et ont repris le pouvoir qu'ils méritaient", ajoute l'experte politique Yael Paz-Melamed dans une tribune au Maariv.

Pour le professeur Dan Avnon, théoricien politique à l'Université hébraïque de Jérusalem, c'est un signe de maturation: "On se lève le matin, on veut aller au travail, revenir chez soi en toute sécurité, aimer quand c'est possible et se défendre quand c'est nécessaire. On ne veut pas se sentir assiégé en permanence. C'est ça qui a changé. Israël grandit", explique-t-il à l'AFP.

Pour autant, M. Lapid, qui a lancé sa campagne à Ariel, une colonie de Cisjordanie, n'est pas une colombe.

Favorable à une reprise du dialogue avec les Palestiniens, il souhaite néanmoins qu'Israël conserve la plupart des colonies et Jérusalem-Est occupé et annexé, des positions a priori incompatibles avec un accord de paix.

"Je n'attends pas de transformations miraculeuses. Il faudra du temps" pour inverser la droitisation du discours politique en Israël, relevait mercredi Hanane Achraoui, une responsable de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). "Le langage raciste et extrémiste s'est enraciné dans l'imaginaire public israélien".

Nitza Salman, une mère de famille de Jérusalem ayant quatre fils dans l'armée, expliquait mardi à l'AFP voter pour M. Lapid afin qu'il "calme" M. Netanyahu, avant d'insister sur la nécessité de la barrière de séparation israélienne en Cisjordanie, condamnée par la justice internationale, pour "libérer" Israël de la question palestinienne.

Et au sein de la coalition que M. Netanyahu prépare, M. Lapid travaillera avec le Likoud, où l'aile dure s'est renforcée lors des primaires de novembre, et les proches de l'ultranationaliste Avigdor Lieberman, voire composera avec le Foyer juif.

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