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24/01/2013 05:53 EST | Actualisé 26/03/2013 05:12 EDT

La crise économique redessine la carte démographique du foot européen

La crise économique modifie la carte démographique du football européen avec de plus en plus d'Espagnols et de Portugais jouant à l'étranger, une France plus exportatrice et un championnat grec qui a perdu de son attrait pour les étoiles pâlissantes du ballon rond.

L'Observatoire du football, groupe de recherche du Centre international d'étude du sport (CIES) de Neuchâtel, en Suisse, a publié cette semaine pour la quatrième année consécutive une étude dans laquelle il décortique les effectifs des clubs des 31 principales ligues européennes.

Elle met en lumière des liens entre le niveau sportif d'un championnat, sa santé économique et financière, et le pourcentage de joueurs étrangers qu'il abrite.

"On dit souvent que le football est le dernier rempart contre la crise, qu'il est anticyclique etc... En Grèce, il n'en est rien, des corrélations sont quand même évidentes", souligne Raffaele Poli, co-auteur de l'étude. Non seulement le taux de joueurs évoluant dans le championnat hellénique a plongé de près de 15% entre 2011 et 2012, mais le nombre de Grecs officiant à l'étranger a aussi augmenté.

"Historiquement, les clubs grecs étaient pas mal tournés vers l'étranger, axés plutôt sur des joueurs en seconde partie de carrière après avoir évolué dans les meilleurs championnats", explique le responsable de l'Observatoire. "Là, c'est un peu +sauve qui peut+: que ce soient les nationaux ou les étrangers, ils vont chercher ailleurs, les clubs grecs ayant dû redimensionner leur train de vie".

En Espagne, pays qui a toujours mis l'accent sur la formation locale contrairement à la Grèce, l'impact de la situation économique est différent mais tout aussi flagrant: en 2011, 114 Espagnols jouaient dans un autre championnat européen; le chiffre a grimpé à 148 l'an dernier.

"Les deux gros clubs, le Barça et le Real négocient à titre individuel les droits de télévision, entraînant une très mauvaise répartition des richesses tout les autres n'ont que des miettes", souligne le chercheur. "Saragosse, Majorque, Deportivo (La Corogne), Malaga et bientôt Valence, tous ont des difficultés financières. Du coup, la main d'oeuvre étrangère diminue ou en tout cas n'augmente pas".

En France, aussi, les statistiques reflètent "une certaine morosité financière au niveau football". "Malgré le Paris Saint-Germain qui a des gros moyens, le taux d'expatriés reste limité, plus que le niveau de la Ligue 1 pourrait le faire croire", pointe Raffaele Poli. "Surtout, le pourcentage d'internationaux actifs, ceux qui représentent leurs pays en équipe nationale, a baissé dans le championnat français, alors qu'il a explosé dans le championnat russe ces dernières années".

La France, qui a aussi une solide politique de formation, joue selon lui de plus en plus le rôle d'exportateur que d'importateur de joueurs. Derrière les Brésiliens (515), les Français occupaient toujours le deuxième rang parmi les expatriés en Europe (269) en 2012.

"L'offre de travail ne peut pas être absorbée par le marché local car il n'y a que trois ligues professionnelles en France (Ligue 1, Ligue 2 et le National qui est semi-professionnel, ndlr). Cela conduit à une forte émigration des joueurs français vers les meilleurs championnats mais aussi vers des championnats qui n'ont même pas le niveau des ligues professionnelles françaises", note le chercheur.

A travers cette étude, se dégage "une chaîne de l'immigration" footbalistique. Comme celle qui relie le Brésil, le Portugal et Chypre selon Raffaele Poli. Alors que les clubs portugais recrutent fortement brésilien, les joueurs portugais sont de plus en plus nombreux à tenter l'aventure à l'étranger - 171 en 2012 contre 130 en 2011 -, avec le plus gros contingent se retrouvant dans l'île méditerranéenne, dont le championnat repose aux trois quarts sur des expatriés.

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