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24/01/2013 06:51 EST | Actualisé 26/03/2013 05:12 EDT

Commotion cérébrale: Un danger majeur longtemps mésestimé

Avec quelque 2 millions de cas par an aux Etats-Unis, 100.000 en France, la commotion cérébrale du sportif est un enjeu de santé publique qui ne concerne pas seulement les disciplines surexposées (football américain, rugby, boxe) dont les autorités ont pris les choses en main, mais quasiment tous les sports.

Equitation, hockey, hand, ski, foot, cyclisme, automobile, moto, arts martiaux... "Presque tous les sports sont touchés", estime le neurologue français Jean-François Chermann, véritable aiguillon dans son pays de la prise de conscience de la gravité du phénomène.

L'ignorance dans laquelle sont restés plongés durant des années les médecins du sport est aisément explicable. Dans 90% des cas, la commotion ne débouche pas sur un KO, ou perte de connaissance. En quelques minutes, l'état du sportif peut être revenu à la normale alors que le mal est fait: le cerveau, selon la définition exacte de la commotion, a percuté la boite crânienne entraînant des dommages parfois irréversibles. Et le casque, présenté comme protecteur, n'est d'aucune efficacité face aux commotions.

La prise en charge fut longtemps d'autant plus compliquée que personne, dans l'entourage du sportif (et encore moins le sportif lui-même) n'a envie, ni intérêt à le voir quitter le terrain. "Les joueurs ne veulent pas sortir et n'ont parfois même pas conscience de leur état", confirme Philippe Decq, neurochirurgien et expert de la fédération française de rugby. Les entraîneurs ne sont pas plus désireux de se passer d'un joueur qui assure "aller bien", alors que la sortie de l'aire de jeu est le préalable à de bons soins.

"Il y a beaucoup de freins", estime le médecin fédéral français de la boxe, André Monroche. "Certaines fédérations préfèrent ne pas faire savoir que le risque existe pour ne pas effrayer les parents".

"Depuis 20 ans, souligne le Dr Chermann, l'occurence des commotions a augmenté du fait de l'évolution des morphotypes, d'une accélération des courses et des impacts." Mais excepté le rugby et la boxe, peu de sports se sentent concernés. Pourtant, le risque est grand pour tous. "Il faut prendre en compte le risque commotionnel lié à un sport", ceux de combat et contact par exemple, "mais surtout le nombre de commotions par rapport au nombre de pratiquants. Avec 50.000 pratiquants en boxe, en France, on est dans un risque de santé publique différent du foot avec ses deux millions de licenciés et pas épargné par les impacts crâniens", calcule le Dr Chermann.

Au pire, la répétition des chocs induit parfois une pathologie (encéphalopathie traumatique chronique) autrefois nommée démence pugilistique, et responsable de dépression et même de suicides.

Le risque est divers également selon les populations. Les jeunes y sont particulièrement sensibles, de même que les femmes ou les sportifs ayant subi deux chocs rapprochés (environ cinq jours), une pathologie connue sous le nom de "syndrome du second impact" et qui a fait 17 morts en 2012 aux Etats-Unis. Un pays particulièrement touché avec 2 millions de cas de commotions recensés lors de chaque saison sportive.

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