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24/01/2013 04:57 EST | Actualisé 26/03/2013 05:12 EDT

Commission Charbonneau: un ingénieur admet la collusion entre firmes de génie

MONTRÉAL - Devant la Commission Charbonneau, jeudi, l'ingénieur Michel Lalonde, président de Génius conseil, a admis l'existence d'un système de collusion au sein des firmes de génie-conseil qui oeuvraient à Montréal vers la fin des années 2000, un petit groupe duquel il était même le coordonnateur.

«On avait à se parler si on voulait s'assurer de pouvoir bien partager les mandats et s'assurer de pouvoir rencontrer nos obligations face aux contributions politiques qu'on avait à faire», a expliqué M. Lalonde au procureur de la commission, Me Denis Gallant.

Poursuivant son témoignage devant la commission, M. Lalonde s'est lui-même qualifié de «porte-parole» du groupe qui se répartissait les contrats d'avance. Il avait été choisi parce qu'il était bien vu, même par les grandes firmes de génie-conseil. À ce titre, c'est lui qui appelait les autres firmes de génie pour veiller au partage des contrats de services professionnels et à ce qu'il y ait une soumission de complaisance, pour que le tout ait l'air légitime.

Il discutait des projets à venir avec Bernard Trépanier, ancien responsable du financement du parti Union Montréal, qui avait, dit-il, ses contacts auprès du comité exécutif.

M. Lalonde a aussi admis avoir déjà donné de l'argent pour s'assurer que les comités de sélection fassent le bon choix de firme de génie.

Robert Marcil, ancien directeur des travaux publics de la Ville de Montréal, était responsable des comités de sélection dans le secteur des infrastructures, a-t-il mentionné.

«Dans un cas, c'est moi-même qui ai fait une remise d'argent, mais de façon générale, M. Trépanier m'avait dit 'on s'occupe de monsieur Marcil comme tel'. Il m'avait dit: 'd'après moi, probablement que ce sera environ 5000 $ par comité de sélection ou par événement'», a rapporté M. Lalonde.

Il s'est souvenu d'une occasion où il avait personnellement remis de l'argent à M. Marcil pour quelqu'un d'autre, pour un projet appelé De Clichy, dans l'arrondissement Pointe-aux-Trembles.

«Monsieur Trépanier m'avait dit 'ça va peut-être prendre un petit montant de 2000 $ pour un des membres du comité de sélection' et il m'avait dit 'tu le remettras à Robert, il va s'occuper de ça'. C'est la fois où j'ai remis un montant d'argent à monsieur Marcil», s'est souvenu M. Lalonde.

Il a soutenu que le système de financement était «sanctionné».

Invité par la juge France Charbonneau à préciser ce qu'il voulait dire, il a expliqué: «quand quelqu'un te demande des montants appréciables comme ça, qui sont pour des contribution politiques, j'imagine qu'il faut que ça vienne du parti, qu'il faut que ça vienne des gens concernés. Et il (M. Trépanier) m'avait dit 'écoute, monsieur Zampino, on a établi ça ensemble, on a jasé de ça'. C'est pour ça que je dis 'sanctionné'; il était au fait», a affirmé M. Lalonde.

Frank Zampino est l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

M. Lalonde a estimé avoir donné entre 50 000 $ et 100 000 $ par année pour la caisse électorale du parti Union Montréal entre 2005 et 2009. Et il le faisait, a-t-il témoigné, pour être bien placé pour obtenir des contrats de la Ville de Montréal.