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24/01/2013 04:15 EST | Actualisé 25/03/2013 05:12 EDT

Au Liban, la légalisation du mariage civil divise

En se mariant civilement, un acte formellement interdit par la loi au Liban, Khouloud Soukkarieh et Nidal Darwich ont jeté un pavé dans la mare dans le débat sur cette union qui divise le pays régi par un système politique confessionnel.

"Pour nous, le mariage civil n'est pas seulement une question de mariage. C'est en fait une affaire libanaise: le mariage civil serait la première pierre dans la construction d'un système non-confessionnel", explique Khouloud à l'AFP.

"Avec un mariage civil, nous aurions des droits en tant que citoyens, non pas en tant que membres de telle ou telle confession", poursuit-elle.

Leur mariage, célébré chez Khouloud avec son frère pour seul témoin, n'a aucune base légale. Leur avocat a sollicité le ministère de l'Intérieur, en charge du registre de la famille, pour qu'il le reconnaisse, ce qui serait une première au Liban.

Dans le cadre de leur combat laïque, Khouloud et Nidal ont demandé, conformément à une loi datant de 2011, à supprimer de leur état-civil la mention de leurs confessions sunnite et chiite.

La religion occupe une place de premier plan au Liban, un pays qui réunit 18 communautés religieuses où l'Etat est régi par un système complexe de partage du pouvoir entre les différentes confessions.

Les mariages, divorces et questions d'héritage sont du ressort des autorités religieuses propres à chaque communauté.

La loi libanaise n'autorise que les unions religieuses mais reconnaît les mariages civils contractés à l'étranger.

Dans certains couples mixtes, chrétiens-musulmans, l'un des deux époux décide de se convertir pour éviter les complications du mariage religieux. D'autres optent pour le mariage civil à l'étranger, souvent dans l'île de Chypre voisine, puis font reconnaître leur union au Liban.

Mais le président Michel Sleimane a relancé récemment le débat en se prononçant en faveur du mariage civil, sur sa page Facebook où de nombreux commentaires fleurissent depuis, pour ou contre ce type d'union.

"Il faut un mariage civil pour se libérer du confessionnalisme qui détruit le pays", affirme une internaute. "Le mariage civil est contraire à la loi islamique", rétorque un autre. Pour un troisième, cette loi va "faire disparaître l'identité chrétienne au Moyen-Orient".

Mais pour Khouloud et Nidal, ce n'est pas la société, mais les politiciens, qui créent des obstacles à leur union.

"Les hommes politiques s'y opposent parce que le mariage civil va à l'encontre de tout système (politique) confessionnel. Or, ces hommes politiques sont les députés d'un régime confessionnel, donc cela les menace", dit Khouloud.

L'ancien président Elias Hraoui avait proposé en 1998 une loi sur le mariage civil qui avait été acceptée par le gouvernement mais avait ensuite été retirée face à une levée de boucliers des autorités religieuses.

"L'initiative de Nidal et de Khouloud est très courageuse, mais elle n'est pas valide aux yeux de la loi", explique Ogarit Younane, à la tête de l'Association libanaise des droits civils, qui a proposé une loi au Parlement sur le mariage civil.

"Nous menons une campagne intensive pour cette loi. Pour la première fois, elle a été inscrite à l'ordre du jour du Parlement, donc la société civile a un vrai rôle à jouer", se réjouit-elle, soulignant que "des religieux et des hommes politiques" soutiennent ce projet.

Khouloud et Nidal, eux, se sont déjà promis une chose: "Nous laisserons nos enfants choisir ce qu'ils veulent".

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