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24/01/2013 04:12 EST | Actualisé 25/03/2013 05:12 EDT

Ahmad, fils d'exilés syriens, revenu pour rapper contre la guerre

Ahmad al-Khalaf n'a jamais vécu en Syrie, le pays de ses parents, mais comme de nombreux Syriens, il souhaite la chute de Bachar al-Assad. Pour ce combat, il a choisi les mots plutôt que les balles et il rappe désormais depuis la Turquie voisine pour dénoncer la guerre.

"Je suis rappeur, je rappe depuis sept ans maintenant. J'ai toujours rappé la réalité, c'est une façon de transmettre un message", dit-il à l'AFP dans la ville turque d'Antakya, à quelques dizaines de kilomètres de la Syrie déchirée depuis près de deux ans par la guerre civile.

"C'est mon devoir de faire tout ce que je peux pour faire passer le message, notamment via la musique", dit ce grand jeune homme aux yeux bleus qui vivait encore récemment à Londres, dont il a gardé un fort accent.

Son message est clair, ce qu'il veut c'est le changement en Syrie. Dans ses paroles, il dénonce la violence du régime du président Assad et "le monde" qui "n'a rien fait" pour mettre fin à un conflit qui a fait, selon l'ONU, plus de 60.000 morts depuis mars 2011.

Son père, à la tête d'un groupe d'opposition, a pris le chemin de l'exil dans les années 1980 et Ahmad est né il y a 23 ans en Irak avant de rejoindre les Pays-Bas dont il a obtenu la nationalité puis la Grande-Bretagne.

C'est d'ailleurs à Londres qu'il s'est découvert une passion pour le rap, a fait quelques concerts dans des boîtes de nuit et a mixé deux albums underground.

Récemment, il s'est installé à Antakya, d'où il entre régulièrement en Syrie. Et c'est dans ce pays où il n'a jamais vécu qu'il trouve désormais l'inspiration pour ses textes.

"Quand je suis entré en Syrie, je ne me sentais pas différent des gens", dit-il. "J'avais l'impression d'être l'un d'entre eux, d'avoir grandi avec eux car nous pensons de la même façon, nous croyons aux mêmes choses", se rappelle-t-il.

Au premier abord, les gens l'ont pris pour un étranger, "mais quand il m'ont entendu parler arabe, ils ont compris que j'étais l'un d'eux", poursuit-il.

Cette maîtrise des deux langues, il la met désormais au service d'équipes de télévision britanniques et américaines pour lesquelles il travaille ponctuellement comme traducteur pour gagner un peu d'argent.

Et ce qu'il voit à chaque fois qu'il entre en Syrie, notamment dans le nord frontalier de la Turquie où les raids aériens et les bombardements font chaque jour de nombreux morts, notamment parmi les civils, le convainc toujours un peu plus de continuer à rapper.

En Syrie, la scène rap est très prolifique, de nombreux rappeurs choisissant ce moyen pour s'exprimer sur le conflit qui déchire leur pays. Comme ailleurs dans le monde arabe, ce genre musical est très écouté et séduit de plus en plus de jeunes.

Avec ses textes, Ahmad espère une chose: attirer l'attention internationale sur la guerre dans ce pays où une révolte populaire entamée par des manifestations pacifiques s'est militarisée pour devenir un conflit sanglant.

Dans l'une de ses dernières chansons, Ahmad lance: "C'est incroyable que ça dure depuis deux ans. Je m'assois et je regarde autour de moi, que des visages perdus et quelques larmes".

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