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23/01/2013 07:29 EST | Actualisé 25/03/2013 05:12 EDT

Yaïr Lapid a su séduire les classes moyennes déboussolées en Israël

Le succès électoral inattendu de Yaïr Lapid, ex-journaliste au physique de séducteur, incarne la victoire des classes moyennes préoccupées d'abord par les questions sociales et sociétales en Israël.

Le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu semble en mesure de se maintenir au prix de marchandages, mais c'est bien cet élégant quadragénaire auquel les sondages ne promettaient pas plus de 12 sièges (sur 120) qui se retrouve, avec 19 élus, au coeur de toutes les discussions sur la prochaine coalition.

Dans la nuit électorale, au moment même où M. Netanyahu, terne vainqueur, rappelait que la menace iranienne restait son principal défi, Yaïr Lapid, brillant deuxième, promettait "un vrai changement" devant ses partisans en liesse à Tel-Aviv.

M. Netanyahu semble avoir compris le message et a appelé mercredi au rassemblement autour de trois nouvelles priorités: "une plus grande égalité, des logements plus abordables et des changements dans les méthodes de gouvernement". A peu près le programme de M. Lapid.

Ancienne vedette de la télévision, Yaïr Lapid a lancé son parti Yesh Atid ("Il y a un avenir") l'année dernière en se posant en défenseur des classes moyennes, celles qui étaient descendues par centaines de milliers dans les rues en 2011 pour dénoncer la hausse des prix du logement.

"C'est le parti de la normalité. Nous avons réuni toutes les composantes de la société, avec l'espoir de changer les choses", a souligné le rabbin Shaï Piron, N.2 de la liste.

Yaïr Lapid est un enfant de Tel-Aviv, capitale des affaires à la réputation hédoniste, mais sur sa liste ont été élus un ultra-orthodoxe, une femme handicapée, un druze, une transfuge du parti de gauche Meretz, un ex-patron du Shin Beth (service de sécurité intérieure) et Mina Tamano, première femme d'origine éthiopienne à siéger à la Knesset.

La fronde de 2011, qui avait révélé le malaise des classes moyennes alors que l'économie se porte plutôt bien, "est allée au-delà des messages Facebook et cela a influencé non seulement les jeunes générations des grandes villes mais tous les autres groupes d'âges et secteurs de la société", estime Nahum Barnéa, éditorialiste du Yedioth Ahronoth.

"Le mouvement de contestation est le vrai vainqueur des élections", ajoute-t-il.

Derrière Yaïr Lapid, les travaillistes remontent légèrement la pente après avoir recruté plusieurs figures du mouvement de 2011 (15 sièges contre 13 en 2009) et de l'autre côté de l'échiquier, le besoin de renouveau profite aussi aux nationalistes religieux du Foyer juif (12 sièges).

Mardi soir au QG de Yesh Atid, l'esprit de 2011 était perceptible dans la diversité de la foule. Des jeunes dansaient au son des tambours, beaucoup d'hommes portaient la kippa, tandis que des militants homosexuels agitaient un grand drapeau arc-en-ciel.

"Nous ne sommes pas un parti sectoriel, ni religieux, ni laïque, mais un parti juif avec comme première mission de faire avancer une répartition plus juste des devoirs civiques", a expliqué le rabbin Piron.

L'un des principaux objectifs de M. Lapid est en effet de faire passer une loi mettant fin à l'exemption de service militaire accordée aux dizaines de milliers d'étudiants ultra-orthodoxes.

La nouvelle star de la politique israélienne devra cependant se souvenir de l'expérience de son défunt père Yossef "Tommy" Lapid, chef d'un parti laïque très hostile aux ultra-orthodoxes qui avait obtenu 15 sièges en 2003 avant de sombrer.

"La victoire de Yaïr Lapid est la victoire de la politique moderne, celle de la politique d'internet et de la télé-réalité", estime Yossi Verter, analyste politique de Haaretz. "Il est sans aucun doute sympa et plein de bonnes intentions. Mais son expérience se résume à présenter des émissions de télévision et à écrire des scénarios et des éditoriaux."

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