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23/01/2013 12:00 EST | Actualisé 25/03/2013 05:12 EDT

Netanyahu, forcé à des gestes, tend la main aux centristes

Benjamin Netanyahu, affaibli après les élections en Israël, a tendu mercredi la main à l'incontournable centriste Yaïr Lapid, en promettant d'accorder la priorité au social mais il pourrait être obligé aussi de lâcher du lest sur la question palestinienne.

"Les Israéliens veulent que je forme un gouvernement qui impulsera trois grands changements dans la politique intérieure: une plus grande égalité, des logements plus abordables et des changements dans les méthodes de gouvernement", a dit M. Netanyahu, qui reste le mieux placé pour former le prochain cabinet.

Dans une brève intervention, le Premier ministre sortant a précisé qu'il se concentrerait avec les autres partis pour la formation du cabinet "sur ces trois principes. Nous voulons un gouvernement aussi large possible pour conduire ces trois changements en faveur du peuple d'Israël".

Les trois priorités intérieures de M. Netanyahu correspondent point par point aux grandes lignes du programme de M. Lapid, qui a créé la sensation en faisant de Yesh Atid ("Il y a un avenir"), un parti lancé il y a un an à peine, le deuxième d'Israël avec 19 députés.

Désormais partenaire incontournable pour constituer une majorité parlementaire, M. Lapid, milite pour la conscription des jeunes religieux ultra-orthodoxes, dont la plupart sont exemptés, alors que le reste de la population est tenue de faire le service militaire.

Il se présente comme le porte-drapeau des classes moyennes, exigeant également une meilleure répartition du "fardeau" fiscal ainsi que des réformes pour abaisser le prix des logements, et prône une cure d'amaigrissement pour le gouvernement.

Fort de son succès, Yaïr Lapid, 49 ans, a souhaité un gouvernement "le plus large possible".

"Il n'y aura aucun gouvernement raisonnable -c'est-à-dire aucun gouvernement que Netanyahu pourra diriger sans devenir un paria international- sans Lapid. Il est donc devenu l'acteur le plus important dans le système politique", a prédit l'analyste Yossi Verter dans le Haaretz.

La liste commune formée par le Likoud de "Bibi" Netanyahu et le parti Israël Beiteinou de l'ultranationaliste Avigdor Lieberman n'a remporté que 31 sièges, un cuisant revers par rapport aux 42 élus dont ils disposaient ensemble dans le Parlement sortant.

Selon les chiffres de la commission électorale qui portent sur 99,5% des résultats, la coalition de droite et des religieux est à égalité avec le bloc du centre et de gauche. Chacun des deux blocs compte 60 élus. Les résultats définitifs doivent être proclamés jeudi.

Néophyte sur la scène internationale, M. Lapid préconise une relance du processus de paix avec les Palestiniens, suspendu depuis 2010, tout en rejetant des concessions sur Jérusalem-Est annexée.

"Nous ne siègerons pas dans un gouvernement qui ne négociera pas avec les Palestiniens", a assuré Meïr Cohen, numéro 4 sur la liste de Yesh Atid.

Paris a souhaité que le prochain gouvernement engage "très vite" les négociations avec les Palestiniens, afin que 2013 ne soit pas "une année blanche pour la paix" et Washington a rappelé son attachement à une solution à deux Etats.

Mais les Palestiniens restent pessimistes sur une reprise des négociations.

"Je ne m'attends pas à l'émergence ou à la résurgence d'une coalition de paix ou d'un camp de la paix", a déclaré Hanane Achraoui, membre du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), estimant que "les chances de paix ne vont pas soudain augmenter spectaculairement".

Les Palestiniens sont "prêts à travailler" avec tout gouvernement israélien qui reconnaîtrait "l'Etat de Palestine", après le statut d'Etat observateur accordé par l'Assemblée générale de l'ONU, a renchéri le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad Al-Malki.

"L'isolement dans lequel Netanyahu et Lieberman ont conduit Israël a inquiété les électeurs, qui veulent de bonnes relations avec les Etats-Unis, sous Barack Obama, au lieu de logements supplémentaires dans les colonies et des menaces de guerre contre l'Iran", estime l'éditorial du Haaretz.

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