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23/01/2013 04:20 EST | Actualisé 24/03/2013 05:12 EDT

Maroc: vers l'abrogation de la loi permettant à un violeur d'épouser sa victime

AP
FILE- In this Saturday, April 7, 2012 file photo, Zohra Filali, mother of Amina Filai, right, delivers a petition to the Moroccan government to stop the law which allows rapists to marry their victims and thus exonerate themselves, in Casablanca. Nearly a year after Morocco was shocked by the suicide of a 16-year-old girl who was forced to marry her alleged rapist, the government has announced plans to change the penal code to outlaw the traditional practice. Women's rights activists on Tuesday, Jan. 22, 2013 welcomed Justice Minister Mustapha Ramid's announcement, but said it was only a first step in reforming a penal code that doesn't do enough to stop violence against women in this North African kingdom. Last March, 16-year-old Amina al-Filali poisoned herself to get out of a seven-month-old abusive marriage to a 23-year-old she said had raped her. Her parents and a judge had pushed the marriage to protect the family honor. The incident sparked calls for the law to be changed. (AP Photo/Abdeljalil Bounhar, File)

Les droits des femmes sont en passe de connaître une avancée au Maroc avec l'abrogation attendue d'une loi décriée qui permet au violeur d'une mineure d'échapper à la prison en épousant sa victime, mais le chemin de la parité reste long, comme en attestent de récents faits divers.

Dans le tumulte du Printemps arabe, le royaume s'est doté mi-2011 d'une constitution qui consacre "l'égalité des droits et libertés", l'article 19 ajoutant que "l'Etat oeuvre à la réalisation de la parité" homme-femme.

Quelques mois plus tôt, le pays avait été choqué par le suicide d'Amina Filali, 16 ans, contrainte d'épouser son violeur, celui-ci échappant de la sorte à la prison en vertu de l'article 475 du code pénal.

Lundi, le gouvernement islamiste a exprimé son soutien à la proposition de loi prévoyant l'abrogation de cet article. Dans son communiqué, le ministère de la Justice s'est même dit prêt à aller plus loin, en durcissant les peines encourues (jusqu'à 30 ans d'emprisonnement, contre cinq actuellement).

"Les amendements sont de nature à garantir la protection nécessaire des mineurs contre toutes les agressions sexuelles", a commenté mardi le ministère de la Justice Mustapha Ramid.

"Toute avancée est à souligner, et il est clair qu'il y avait là une disposition choquante", affirme pour sa part à l'AFP le président du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH, officiel), Driss El Yazami, selon qui la voie est à présent dégagée pour un vote favorable des deux chambres.

Pour autant, M. Yazami en appelle à une accélération des réformes.

"La question n'est pas simplement d'affirmer le principe de parité mais de voir comment on va vers la parité", relève-t-il, notant que le CNDH "a consacré son premier mémorandum à ce thème central", en particulier à la création d'une Haute autorité sur la parité, comme le prévoit la constitution.

Dès 2004, le Maroc s'est doté, sur initiative du roi Mohammed VI, d'un nouveau code de la famille (moudawana), qui encadre notamment drastiquement la polygamie.

Mais les chantiers restent nombreux, ainsi sur le mariage des mineurs, dont les données sont inquiétantes: de 29.847 en 2008, la barre des 34.000 cas a été franchie en 2010, selon le quotidien Le Soir Echos.

Autre préoccupation majeure, "la violence à l'égard des femmes", note la présidente de l'Association marocaine des droits humains (AMDH), Khadija Ryadi.

Six millions de Marocaines sont victimes de violences physiques ou verbales, dont plus de la moitié dans le cadre conjugal, selon la ministre de tutelle, Bassima Hakkaoui, l'unique femme du gouvernement dominé par le parti islamiste Justice et développement (PJD), grand vainqueur des législatives de 2011.

De récents faits divers témoignent des tragédies vécues par certaines femmes.

Début janvier, la tentative de suicide -filmée par un voisin- d'une domestique a ainsi provoqué un nouvel émoi.

La jeune femme, qui avait sauté du quatrième étage d'un immeuble, a affirmé avoir été violée il y a deux ans puis rejetée par sa famille, et expliqué son geste par "l'indifférence de son entourage et la poursuite de son exploitation".

Selon des associations, le royaume compte jusqu'à 80.000 mineures employées comme domestiques.

La semaine dernière, c'est l'acquittement en appel d'un député condamné en première instance à un an de prison dans une affaire de viol qui a suscité des réactions courroucées dans la société civile.

"La constitution a permis des progrès théoriques, mais il n'y a pas encore d'apport tangible", clame Khadija Ryadi. Selon elle, "sans le drame d'Amina Filali, on ne parlerait même pas de l'article 475".

"Outre les réformes législatives qu'il faudra assumer, il y a aussi probablement un travail très important à poursuivre en terme d'éducation et de mentalité", ajoute Driss el-Yazami.

gk/vl