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23/01/2013 10:07 EST | Actualisé 25/03/2013 05:12 EDT

Les taux d'intérêt resteront faibles plus longtemps, dit la Banque du Canada

OTTAWA - La Banque du Canada a indiqué mercredi que ses taux d'intérêt devraient rester à leur très faible niveau plus longtemps que prévu — probablement jusqu'en 2014, selon des analystes — après qu'elle eut admis avoir mal évalué la vigueur de l'économie et réduit ses perspectives pour l'inflation.

Pour une 19e décision consécutive, la banque centrale a laissé son taux d'intérêt directeur inchangé à un pour cent, où il se trouve depuis près de deux ans et demi.

Mais la déclaration accompagnant sa décision sur la politique monétaire contenait plusieurs surprises, la plus importante étant un avis aux Canadiens et aux marchés financiers indiquant qu'une hausse des taux était «moins imminente que prévu auparavant».

La Banque du Canada a dit inclure cet avis en partie parce qu'elle était moins inquiète du niveau record d'endettement des consommateurs et du marché de l'habitation, qui semblent tous deux se modérer. En outre, les pressions inflationnistes sont à leur plus faible niveau depuis la récession et l'indice des prix à la consommation pourrait rester aux environs d'un pour cent pendant encore une bonne période.

Le premier ministre Stephen Harper a indiqué que le gouvernement avait déjà tenu compte de la plus faible croissance de l'économie canadienne, ajoutant que le plus faible niveau d'activité nuisait aux revenus du gouvernement.

«Il y a eu un ralentissement généralisé de l'économie mondiale au cours des derniers six mois, alors c'est évidemment une source d'inquiétude pour nous. Et (...) cela va vraisemblablement avoir un impact financier sur nous, un certain impact sur le rythme de la création d'emplois», a-t-il affirmé.

D'après la banque centrale, l'économie canadienne a crû d'environ un pour cent au cours des trois derniers mois de l'année — et non de 2,5 pour cent, comme elle l'avait prévu.

Par ailleurs, la banque a révisé à la baisse ses perspectives de croissance pour 2012 et 2013 — de trois dixièmes de point dans les deux cas — à 1,9 et 2,0 pour cent respectivement. La banque se dit toujours confiante de voir l'économie reprendre de la vigueur, cependant, dès cette année et prendre de la vitesse en 2014, lorsque la croissance sera en moyenne de 2,7 pour cent.

Compte tenu que l'économie ne devrait pas renouer avec sa pleine capacité avant la deuxième moitié de 2014, la banque dit qu'elle doit continuer à garder les coûts de l'emprunt à des niveaux favorables.

«Bien qu'une réduction modeste de la détente monétaire sera probablement nécessaire au fil du temps, de façon à atteindre la cible d'inflation de deux pour cent, les perspectives plus modérées en matière d'inflation et l'amorce d'une évolution plus constructive des déséquilibres dans le secteur des ménages laissent entrevoir qu'une telle réduction est moins imminente que prévu auparavant», a indiqué la banque.

Une direction claire

Lors d'une conférence de presse suivant la publication des perspectives, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a précisé que malgré le changement d'attitude de la déclaration, il croyait toujours que le prochain changement apporté au taux directeur, lorsqu'il surviendra, sera une hausse.

«La direction est claire, le moment a changé», a-t-il affirmé. «Mais c'est toujours la direction ultime.»

La déclaration sur le taux d'intérêt et le rapport sur la politique monétaire qui l'accompagnait — une analyste approfondie des conditions économiques mondiales et canadiennes — représentent un changement de ton pour la division des prévisions de la banque, qui maintenait ses perspectives de croissance aussi récemment qu'en octobre, pendant que la plupart des économistes du secteur privé révisaient les leurs à la baisse.

Les plus récentes prévisions de la banque centrale semblent plus comparables à celles des économistes du secteur privé, même si elles restent un peu plus roses que celles du Fonds monétaire international. Ce dernier a prédit mercredi que l'économie canadienne progresserait de 1,8 pour cent cette année.

D'après l'évaluation de la Banque du Canada, le ralentissement prononcé de la croissance dans la deuxième moitié de 2012 était attribuable à la faiblesse des marchés mondiaux pour les exportations canadiennes, à l'incertitude sur la façon dont les États-Unis régleraient leur crise budgétaire à court terme, et d'autres facteurs temporaires. Avec la faiblesse des prix, les difficultés du secteur de l'énergie ont retiré 0,4 point de pourcentage à la croissance canadienne dans la dernière moitié de l'année, a estimé la banque.

Les dommages ainsi causés auront des impacts durables. Non seulement l'économie dans son ensemble est plus faible qu'elle n'aurait pu l'être en ce moment, mais elle ne renouera pas avec sa pleine capacité avant la fin 2014.

L'endettement stabilisé?

Pour les mois à venir, l'économie canadienne ne pourra plus compter sur les emprunts des consommateurs pour soutenir la croissance; elle devra plutôt mériter ses succès, a avancé la banque centrale, en augmentant les exportations aux marchés étrangers et avec les investissements dans le secteur corporatif.

Contrairement à ses déclarations précédentes sur l'endettement des ménages canadiens, la banque croit maintenant que celui-ci s'est stabilisé aux environs de son niveau record de 165 pour cent du revenu disponible annuel. La croissance du crédit a fortement diminué par rapport à son sommet de 12 pour cent en 2008. Elle est passée à 5,5 pour cent en 2012, et à 3,0 pour cent dans les trois mois menant à novembre.

Les ventes de maisons ont reculé, tout comme l'activité du secteur de la construction, et les prix pourraient les imiter.

D'une certaine façon, ces tendances sont exactement celles que réclamaient M. Carney et le ministre des Finances Jim Flaherty en faisant valoir que la surchauffe du marché de l'habitation et l'endettement excessif représentaient des risques à long terme pour l'économie. Mais d'un autre côté, il ne faudrait pas que la situation tombe dans les excès inverses.

«Un brusque affaiblissement du secteur du logement au Canada pourrait avoir des répercussions notables sur d’autres secteurs de l’économie», a averti la banque dans son rapport.

Malgré tout, le rapport contenait de bonnes nouvelles. La Banque du Canada estime que l'économie mondiale fait face à un moins grand nombre de risques imminents, ce qui devrait être favorable aux exportations canadiennes et aux investissements d'entreprises.

«La banque prévoit que l’économie canadienne renouera avec un rythme de croissance supérieur à celui de la production potentielle au cours de 2013, à la faveur notamment d’une remontée des investissements fixes des entreprises et des exportations», a écrit l'institution.

Elle a cependant prévenu que les améliorations dans ces secteurs ne seraient pas très importantes.