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23/01/2013 04:46 EST | Actualisé 24/03/2013 05:12 EDT

Les Jordaniens votent lors de législatives boycottées par les islamistes

Les Jordaniens votaient mercredi pour des élections législatives boycottées par les islamistes, principale force de l'opposition qui dénonce le manque de volonté du pouvoir d'engager des réformes.

La commission électorale indépendante a fait état à 15H00 (12H00 GMT) d'un taux de participation de 31,8%, à quatre heures de la fin du scrutin.

Des voitures recouvertes des affiches des candidats circulaient à travers la capitale, certaines proposant aux gens de les emmener voter. Dans les bureaux de vote, des partisans de candidats tentaient de convaincre les électeurs de voter pour leur favori.

Environ 2,3 millions de Jordaniens sont appelés aux urnes pour désigner 150 membres de la chambre basse du Parlement, pour un mandat de quatre ans.

Mais les Frères musulmans, principale force d'opposition, et le Front de réforme national de l'ex-Premier ministre Ahmad Obeidat ont appelé leurs partisans à boycotter le scrutin.

Les Frères musulmans réclament la révision du découpage des circonscriptions électorales qui avantage, selon eux, les régions rurales, plutôt proches du régime.

Tout comme M. Obeidat, ils dénoncent également le manque de réformes et exigent l'instauration d'un système parlementaire dans lequel le Premier ministre serait issu de la majorité du Parlement, et non plus nommé par le roi.

"Les Parlements précédents ont prouvé leur incapacité à introduire des réformes et du changement. Le Parlement à venir n'y fera pas exception", a récemment estimé Zaki Bani Rsheid, un des dirigeants de la confrérie.

"Nous respectons tous les partis politiques et leurs opinions. Mais c'est un processus démocratique et boycotter les élections n'est pas la solution", a déclaré à l'AFP le ministre des Affaires étrangères Nasser Jawdeh.

Le Premier ministre Abdallah Nsour a assuré de son côté que ces élections étaient "un pas vers les réformes et non pas la fin des réformes", après avoir voté dans sa ville natale de Salt, au nord-ouest d'Amman.

Il a précisé qu'il présenterait, après le scrutin, sa démission au roi Abdallah II à qui il reviendrait de l'accepter ou pas.

"Le jour des élections est arrivé (...) Un jour merveilleux pour un avenir meilleur. Fière de ceux qui font entendre leurs voix", a écrit la reine Rania sur Twitter. Pour encourager les électeurs à venir départager les 1.425 candidats, mercredi a été par ailleurs déclaré jour férié.

"Nous avons besoin d'un Parlement qui résolve nos problèmes, améliore nos vie et lutte contre la corruption qui gangrène notre pays", a déclaré à l'AFP Rima Hattar, une enseignante de 32 ans qui a voté à Fuheis, près d'Amman.

Mais selon Oraib al-Rintawi, directeur du Centre Al-Qods pour les études politiques, "ces élections vont aggraver les problèmes au lieu de les résoudre, surtout à cause du boycott. Nous allons voir l'émergence d'un Parlement sans aucun poids politique".

En l'absence des islamistes, la victoire de chefs tribaux, de personnalités proches du régime et d'hommes d'affaires semble assurée.

"Le Parlement à venir sera de courte durée, car il n'aura pas de poids politique", a également estimé Zaki Bani Rsheid.

Le scrutin intervient alors que la Jordanie traverse une période économique difficile, avec un déficit budgétaire de 3,6 milliards d'euros en 2012 et un taux de chômage officiel de 14%, mais qui serait selon d'autres sources de 30%.

Le Printemps arabe, qui a conduit au renversement de quatre régimes dans la région, s'est traduit dans le royaume par des manifestations, petites mais régulières, en faveur de réformes et contre la corruption. Elles ont pris une tournure plus importante, mais aussi plus violente, en novembre après la décision du gouvernement d'augmenter les prix du gaz et de l'essence.

Alors que 47.000 policiers ont été déployés pour assurer la sécurité du scrutin, la police a fait état d'un bref échange de tirs entre partisans de deux candidats dans l'est d'Amman, sans faire de victime, ainsi que de heurts limités à Karak (sud).

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