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23/01/2013 09:48 EST | Actualisé 25/03/2013 05:12 EDT

Les forces maliennes accusées d'avoir mené des dizaines d'exécutions sommaires

DJENNÉ, Mali - Les soldats maliens ont tué des civils soupçonnés d'être liés aux jihadistes à un arrêt d'autobus du centre du pays au moment où commençait l'intervention militaire française, a déclaré un témoin à l'Associated Press mercredi.

Le récit de ce témoin, qui a réclamé l'anonymat par crainte pour sa sécurité, survient le jour où une organisation française de défense des droits de la personne a accusé les forces maliennes d'avoir mené des dizaines d'exécutions sommaires et d'autres exactions dans leur lutte contre les extrémistes islamistes qui contrôlent le nord du pays.

«Ils ont rassemblé tous les gens qui n'avaient pas de carte d'identité nationale et ceux qu'ils soupçonnaient d'être proches des islamistes. Ils les ont exécutés et ont mis les corps dans deux puits près de l'arrêt d'autobus», a déclaré le témoin.

Les soldats ont ensuite versé de l'essence dans les puits et ont mis le feu aux corps, a-t-il ajouté.

L'homme affirme avoir vu au moins trois personnes être tuées lors de cet incident, survenu le 10 janvier à Sévaré, la veille du début de l'offensive française pour empêcher les jihadistes de descendre vers le sud.

Les militaires ont empêché les journalistes de se rendre à Sévaré mercredi, étendant leur cordon de sécurité jusqu'à la ville de Djenné.

Des journalistes qui tentaient de se rendre sur les lieux, dont une équipe de l'Associated Press, ont été contraints de faire demi-tour par des soldats maliens, qui ont évoqué l'état d'urgence nationale et des inquiétudes pour la sécurité des journalistes.

Mercredi, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) a appelé à la création d'une commission d'enquête indépendante pour faire la lumière sur ces crimes allégués et sanctionner les responsables.

La FIDH affirme que les forces maliennes sont responsables d'au moins 33 meurtres depuis le début des combats dans le centre du pays, le 10 janvier. Plusieurs Touaregs, les «peaux claires», feraient partie des victimes.

Un responsable de l'armée malienne, le capitaine Modibo Traoré, a déclaré que ces allégations étaient «complètement fausses», mais il a refusé de commenter davantage.

Questionné par la chaîne de télévision France 24 sur la possibilité que des soldats maliens aient commis des exactions contre des civils, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré: «Il y a un risque».

La France «compte» sur les hauts responsables de l'armée malienne pour éviter de tels abus, a-t-il dit.

Dans un communiqué, la FIDH dénonce «une série d'exécutions sommaires» commises par les forces maliennes, principalement à Sévaré, Mopti, Niono et d'autres villes situées sur la ligne de démarcation entre le sud contrôlé par le gouvernement et le nord contrôlé par les jihadistes.

«D'autres allégations d'exécutions sommaires continuent de nous parvenir du centre du pays», affirme la FIDH.

À Bamako, la capitale, des résidences appartenant à des Maliens d'origine touarègue ont fait l'objet de perquisitions de l'armée malienne, selon l'organisation. À certaines occasions, les habitations ont été pillés et les résidants ont été intimidés.

Toutes les victimes ont été accusées d'être des infiltrateurs ou d'avoir des liens avec les jihadistes, de ne pas avoir été en mesure de présenter des pièces d'identité, ou ont été simplement visées «à cause de leur origine ethnique», affirme la FIDH.