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23/01/2013 04:46 EST | Actualisé 25/03/2013 05:12 EDT

Le Pentagone s'apprête à autoriser les femmes à servir au combat

Le Pentagone s'apprête à autoriser formellement les femmes à servir au combat, entérinant une situation à laquelle elles ont été confrontées dans le conflits sans ligne de front d'Irak et d'Afghanistan, au cours desquels elles ont versé le prix du sang.

Moins d'un an et demi après l'abolition de la loi américaine obligeant les militaires gays et lesbiennes à taire leur homosexualité sous peine d'exclusion de l'armée, la levée de l'interdiction de servir au combat constitue un nouveau changement majeur de philosophie alors que le secrétaire à la Défense Leon Panetta doit quitter ses fonctions dans quelques semaines.

La décision du ministre a été prise sur recommandation du plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey. Les deux hommes "vont annoncer la levée de la règle excluant les femmes militaires des combats", vraisemblablement jeudi, a déclaré un haut responsable de la défense sous couvert d'anonymat.

Depuis une règle instituée en 1994, les femmes, au nombre de 204.714 dans l'armée (hors réserve et garde nationale), soit 14,5% des effectifs, n'étaient pas censées servir au combat.

Concrètement, une femme ne peut, à l'heure actuelle, servir dans une section d'infanterie ou encore conduire un char. Mais nombre d'entre elles ont été déployées au cours de la décennie passée en Irak et en Afghanistan, conflit sans réelle ligne de front face à un ennemi qui se fond dans la population civile.

Les femmes, autorisées à servir par exemple comme infirmière ou officier de renseignement, ont donc été confrontées au combat.

Et elles ont payé le prix du sang: 144 ont été tuées, dont 79 au combat depuis 2001, selon des données du Pentagone datant de février 2012. Plus de 280.000 Américaines ont servi en Irak et en Afghanistan sur la période, soit 12% des effectifs déployés.

La décision de Leon Panetta "reflète la réalité des opérations militaires au XXIe siècle", s'est félicité le sénateur Carl Levin, président de la puissante commission de la Défense.

Pour son collègue démocrate Mark Warner, "il est normal de reconnaître les réalités du combat militaire moderne" et le rôle des femmes qui "ont démontré leur compétence et leur bravoure à de nombreuses reprises".

Dans un premier pas vers la levée de l'interdiction de servir au combat, le secrétaire à la Défense avait ouvert l'an passé environ 14.000 postes qui leur étaient auparavant interdits --comme celui de membre d'équipage de lanceur multiple de roquettes ou d'opératrice de radar d'artillerie.

Mais il leur était toujours interdit de servir dans les forces spéciales ou dans les sections d'infanterie de quelques dizaines d'hommes.

La grande majorité des fonctions dans l'armée de l'Air et dans la marine sont déjà ouvertes aux femmes, les risques de se retrouver dans des situations de combat y étant faibles. Les femmes peuvent même servir à bord des sous-marins américains depuis le 1er janvier 2011, sous réserve de quartiers adéquats pour les héberger.

Mais un tiers des postes de l'armée de Terre et du corps des Marines restait réservé aux hommes.

Avec la levée intégrale de l'interdiction, les différentes branches de l'armée américaine doivent maintenant "mettre en oeuvre leur plan d'action pour appliquer la décision", selon le haut responsable.

Leurs chefs d'état-major auront jusqu'à janvier 2016 pour soulever des exceptions à la nouvelle règle.

Fin novembre, un groupe de femmes militaires américaines avait déposé plainte contre l'Etat fédéral, reprochant aux autorités de leur interdire de participer à des opérations de combat, un règlement "daté" qu'elles jugent discriminatoire. Leur avocate, Ariela Migdal, de la puissante organisation américaine de défense des droits civils (ACLU), s'est dite mercredi "heureuse".

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