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23/01/2013 07:55 EST | Actualisé 25/03/2013 05:12 EDT

Israël: après la disgrâce du "roi Bibi", place aux incertitudes (REVUE DE PRESSE)

Chute du "roi Bibi" et percée inattendue d'un néophyte en politique, Yaïr Lapid. Les médias s'interrogent sur les suites d'un scrutin qui pourrait mener à une période de forte instabilité politique, voire à de nouvelles élections.

"Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a reçu un vote de défiance des Israéliens", estime l'analyste politique du Yedioth Aharonoth Sima Kadmon.

La liste commune formée par le Likoud de Benjamin Netanyahu et le parti Israël Beiteinou de l'ultranationaliste Avigdor Lieberman n'a remporté que 31 sièges, un cuisant revers par rapport aux 42 mandats dont ils disposent ensemble dans le Parlement sortant.

En revanche, M. Lapid a créé la sensation en faisant de Yesh Atid, qu'il a lancé il y a un an à peine, le deuxième parti d'Israël avec 19 députés, devant le Parti travailliste de Shelly Yachimovich (15 sièges).

"Il n'y a pas de doute que Netanyahu est le personnage tragique de ces élections. Malgré son considérable avantage de départ (...) il sera, au mieux, un Premier ministre faible dont la coalition dépendra du grand vainqueur de ses élections, Yaïr Lapid", ajoute Sima Kadmon.

Un autre éditorialiste du Yedioth Aharonot, Nahum Barnéa, souligne la tendance de M. Netanyahu à "s'aliéner l'opinion publique par ses manoeuvres et son comportement".

"Netanyahu a complètement épuisé sa respectabilité (en tant que Premier ministre). Il l'a réduite à néant par son comportement personnel (...) et ses décisions politiques", écrit Nahum Barnéa.

Il estime notamment qu'une des erreurs principales de M. Netanyahu est de n'avoir pas suffisamment pris en compte les revendications sociales de l'été 2011, provoquant un "sentiment de dégoût" dans la population.

Pour le quotidien Haaretz, le résultat des élections est la preuve du désaccord des Israéliens avec la radicalisation à droite du Likoud, notamment sur le dossier palestinien.

"L'isolement dans lequel Netanyahu et Lieberman ont conduit Israël a inquiété les électeurs, qui veulent de bonnes relations avec les Etats-Unis (...) au lieu de nouveaux appartements dans les colonies et de menaces de guerre contre l'Iran", peut-on lire dans l'éditorial du quotidien.

Pour Bradley Burston, un des éditorialistes du quotidien de gauche, "en seulement trois mois, +le roi Bibi+, (comme l'a surnommé Time en une) politiquement invulnérable a dégringolé pour s'adjuger une victoire qui a toutes les formes d'une débâcle".

Mais la disgrâce du "roi Bibi" ne fait pas pour autant de Yaïr Lapid, le chef de file du parti centriste Yesh Atid, dont le score inattendu a constitué la surprise du scrutin, un successeur évident.

"La victoire de Yaïr Lapid est la victoire de la politique moderne (...) d'internet et de la télé-réalité", estime Yossi Verter, analyste politique de Haaretz.

"Il est sans aucun doute sympa et plein de bonnes intentions. Mais son expérience se résume à présenter des émissions de télévision, écrire des scénarios et des éditoriaux", ironise l'éditorialiste, et d'ajouter: "dans un mois, il pourrait se retrouver en réunion du cabinet à lire des documents des services secrets ou de la défense dont il ignorait l'existence".

Les analystes soulignent qu'une période d'incertitudes s'ouvre en attendant la formation d'une hypothétique coalition.

"Les Israéliens ont donné à Netanyahu six semaines de plus. C'est le délai du Premier ministre pour former une nouvelle coalition", écrit Bradley Burston.

Certains commentateurs prédisent qu'une telle coalition pourrait être introuvable ce qui provoquerait la convocation de nouvelles élections.

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