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23/01/2013 03:25 EST | Actualisé 24/03/2013 05:12 EDT

Inquiétudes autour de la liberté des médias dans l'Egypte sous Morsi

Dans un café bondé du Caire, les clients rient aux éclats en regardant le présentateur Bassem Youssef se moquer du président Mohamed Morsi. Mais pour certains, la liberté des médias dans l'Egypte de l'après-révolution n'est pas matière à plaisanterie.

Les flèches acérées que lance M. Youssef dans son émission télévisée hebdomadaire n'épargnent presque personne sur la scène politique, y compris le chef de l'Etat et la confrérie dont il est issu, les Frères musulmans.

Mais le cardiologue, devenu un humoriste à succès, a rejoint les rangs de plusieurs membres des médias visés par des plaintes pour insulte au président.

L'augmentation du nombre de plaintes en justice contre des journalistes a fait planer le doute sur l'engagement de M. Morsi envers la liberté d'expression, une demande-clé de la révolte populaire qui a renversé Hosni Moubarak début 2011.

L'avocat Gamal Eid a indiqué au quotidien gouvernemental Al-Ahram qu'il y avait eu quatre fois plus de plaintes pour "insulte au président" lors des 200 premiers jours de M. Morsi au pouvoir que pendant les 30 ans de règne de M. Moubarak.

Pendant sa campagne, M. Morsi s'est engagé à garantir la liberté des médias, promettant de "n'empêcher personne d'écrire".

Mais la présidence a récemment accusé le journaliste et présentateur Mahmoud Saad et son invitée, la psychologue Manal Omar, d'avoir insulté le président après qu'elle eut dit que le chef de l'Etat souffrait de problèmes psychologiques, après une discussion sur les conséquences de la prison.

M. Morsi, un ancien haut responsable des Frères musulmans, a été plusieurs fois emprisonné sous Moubarak.

Ces plaintes sont "le signe très dangereux que la présidence croit que les libertés d'opinion et d'expression doivent être restreintes. Le régime actuel ne tolère pas la critique", dit à l'AFP Emad Moubarak, qui préside l'Association pour la liberté de pensée et d'expression.

"Il semble que la présidence et ses partisans mènent une campagne pour faire peur aux journalistes afin d'avoir des médias dociles", ajoute-t-il.

Selon des avocats des droits de l'Homme, la présidence sous Moubarak n'avait jamais officiellement poursuivi en justice un journaliste. Ce sont des avocats liés à ceux de M. Moubarak qui s'en chargeaient, comme pendant l'affaire du journaliste et opposant Ibrahim Eissa, accusé d'avoir propagé des rumeurs sur la santé du chef de l'Etat.

M. Eissa a été condamné à de la prison en 2008 avant d'être gracié par M. Moubarak.

Aujourd'hui, la présidence dément viser les médias, disant "saluer toutes les critiques constructives et être contre l'interdiction d'une opinion quelle qu'elle soit, mais lorsqu'il s'agit d'accusations contre le président, la question doit passer par une enquête judiciaire pour prouver si elles sont vraies ou non".

"La liberté dans l'Egypte nouvelle doit se conformer à la loi", a dit le porte-parole de la présidence, Yasser Ali.

La nouvelle Constitution, rédigée par une commission dominée par les islamistes, n'interdit pas explicitement l'emprisonnement de journalistes pour leurs écrits et dit que les journaux peuvent être fermés ou confisqués si la justice l'intime.

Le Code pénal prévoit des peines allant jusqu'à trois dans de prison en cas d'insulte au président ou aux religions.

"Le problème réside dans les lois qui permettent les poursuites pénales contre les journalistes" et conduisent à l'autocensure, estime le défenseur des droits de l'Homme Negad al-Borei.

Le quotidien indépendant Al-Watan a récemment publié une édition satirique nommée "Al-Watan sous les Frères", avec des photos de son rédacteur en chef et de ses journalistes portant la barbe et des articles louangeurs pour M. Morsi.

"Nous avons eu cette idée à cause de toutes les pressions sur les médias", a dit son rédacteur en chef, Magdi al-Gallad, pour qui "Moubarak savait mieux s'y prendre".

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