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21/01/2013 02:25 EST | Actualisé 23/03/2013 05:12 EDT

L'attaque d'In Aménas soulève la question de la sécurité des sites gaziers

L'attaque d'In Amenas, considérée par les experts comme "une catastrophe" sécuritaire, soulève la question de la sécurité des sites gaziers en Algérie, où la justice a ouvert une enquête afin de comprendre comment quelques dizaines d'islamistes armés ont pu prendre des centaines d'otages.

Le quotidien Le Soir-Algérie a estimé que l'attaque d'un des plus importants sites gaziers du pays "a mis à nu" la faiblesse des mesures de sécurités sur le site, notamment "les négligences de la Sonatrach (le groupe pétrolier public) sur les questions de protection des sites".

L'usine gazière de Tiguentourine, dans le Sahara algérien, est exploitée depuis 2006 par le géant pétrolier britannique BP, le norvégien Statoil et la Sonatrach.

D'après le quotidien indépendant Al-Khabar, le président Algérien Abdelaziz Bouteflika a réclamé l'ouverture d'une enquête concernant "l'échec sécuritaire" ayant permis l'attaque et la prise d'otages qui ont fait au moins 38 morts entre mercredi et samedi selon les autorités.

Selon le journal, M. Bouteflika a "ordonné la formation d'une commission d'enquête de haut niveau, dotée de toutes les prérogatives", et dont les enquêteurs sont arrivés sur le site d'In Amenas dès samedi.

Le procureur général d'Alger avait annoncé dimanche l'ouverture d'une information judiciaire sur l'attaque.

La police judiciaire, qui dépend des services de renseignements de l'armée, est en charge des affaires de terrorisme.

"Nous allons renforcer la sécurité", a promis dimanche le ministre algérien de l'Energie Youcef Yousfi, tout soulignant qu'il n'était pas question "d'accepter des forces de sécurité extérieures pour prendre en charge la sécurité de (nos) installations énergétiques".

M. Yousfi a néanmoins estimé que tous les employés de la Sonatrach "sont bien entraînés" pour faire face à n'importe quel danger, "y compris le danger terroriste".

S'exprimant sous couvert de l'anonymat en raison de "son poste important", un expert de la sécurité a avancé deux hypothèses pour expliquer la "catastrophe" d'In Amenas.

"Soit les compagnies (de sécurité) n'ont pas mis en application la stratégie (sécuritaire) définie par les experts de la sécurité, soit cette stratégie était nulle", a-t-il affirmé, estimant que cette seconde hypothèse est "une catastrophe encore plus grande."

Soulignant que la valeur de la production de gaz à In Amenas atteint près de trois milliards de dollars par an, il a affirmé qu'il était "incroyable de négliger ou d'économiser les mesures de sécurité" sur un tel site.

Selon Le Soir, la Sonatrach avait relégué à son partenaire britannique BP la gestion des affaires sécuritaires de l'usine, "sous le prétexte que les normes britanniques sont les meilleures dans les activités HSE (hygiène, sécurité et environnement)".

Le quotidien arabophone Ennahar a affirmé de son côté que la sécurité du site avait été confiée à l'entreprise de services de sécurité britannique "Stirling" et au groupe algérien "Red-Med", dont l'un des propriétaires, Tawfik Ben Djedid, est le fils du président défunt Chadli Ben Djedid.

L'expert a également souligné "la lenteur" des procédures sécuritaires, indiquant que "les alarmes n'ont été déclenchées qu'après l'arrivée des terroristes à la porte de l'usine et des logements des employés (...) ce qui est étrange".

Le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal a annoncé lundi soir que l'attaque avait été menée par un commando de 32 hommes "déterminés", membres d'un groupe armée fondé par Mokhtar Belmokhtar, un ancien cadre d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Le quotidien Al-Khabar a rapporté que le feu vert pour le déclenchement de l'attaque avait été donné par Mokhtar Belmokhtar "moins de trois heures avant" son début.

"Une communication portable a été captée par des services de sécurité qui ont prévenu l'armée de la présence d'un groupe terroriste" dans la région, précise le quotidien.

"Les forces armées se sont mises en route vers 4h du matin, deux heures après la communication, mais il était déjà trop tard" pour empêcher l'attaque, ajoute Al-Khabar.

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