NOUVELLES
21/01/2013 09:24 EST | Actualisé 23/03/2013 05:12 EDT

Algérie: il y avait au moins deux Canadiens parmi les militants, selon le PM

ALGER, Algérie - Les militants islamistes qui ont attaqué des installations gazières dans une région désertique de l'Algérie comptaient deux Canadiens et une équipe d'experts en explosifs qui avaient mémorisé le plan de l'important complexe, a déclaré lundi le premier ministre algérien, avant d'ajouter que les artificiers étaient prêts à faire exploser l'usine de traitement.

Les militants participant à cette opération très structurée portaient également des uniformes militaires et semblaient avoir reçu de l'aide de l'intérieur, notamment celle d'un homme provenant du Niger et qui avait déjà travaillé comme chauffeur à l'usine, selon les déclarations du premier ministre et de la télévision d'État.

Lors d'une conférence de presse donnée à Alger, le premier ministre Abdelmalek Sellal a dressé un sombre bilan de l'attaque, affirmant que 38 otages et 29 militants avaient été tués pendant les quatre jours de combats. Trois des attaquants ont été capturés, et cinq travailleurs étrangers sont toujours portés disparus, a-t-il déclaré. M. Sellal n'a toutefois pas précisé la nationalité des militants faits prisonniers, révélé leur état de santé, ou précisé où ils étaient détenus.

Pendant la prise d'otages, les militants ont indiqué que leur groupe comprenait des Canadiens, et des otages ayant pu s'enfuir ont dit avoir entendu des assaillants parler anglais avec un accent nord-américain. En plus des deux Canadiens, qui seraient de descendance arabe selon le premier ministre Sellal, ce dernier a ajouté que les islamistes provenaient également de l'Égypte, du Mali, du Niger, de la Mauritanie et de la Tunisie.

Des responsables canadiens n'ont pas pu immédiatement confirmer si deux des assaillants étaient des citoyens canadiens. Mais lundi, en l'absence d'informations fiables, Ottawa assumait que de faux passeports pourraient être à l'origine de la déclaration du gouvernement algérien faisant état de la présence de Canadiens parmi les ravisseurs liés à Al-Qaïda, a appris La Presse Canadienne.

Par ailleurs, des sources fédérales haut placées affirmaient que le gouvernement canadien était frustré par le manque de renseignements provenant d'Algérie. Ottawa serait également mécontent du fait que le premier ministre algérien eut annoncé lundi à la télévision que deux ressortissants canadiens faisaient partie des preneurs d'otages ayant séquestré des centaines de travailleurs.

«Le Canada condamne dans les mots les plus durs cet acte déplorable, ainsi que tous les groupes terroristes qui tentent de créer et de perpétuer l'insécurité», a déclaré Chrystiane Roy, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

«Nous utilisons tous les canaux appropriés pour tenter d'obtenir plus d'informations et nous sommes en étroit contact avec les autorités algériennes», a-t-elle précisé par voie de communiqué.

La conférence de presse de lundi représentait le premier compte-rendu gouvernemental des quatre jours qu'aura durée la prise d'otages, à commencer par la tentative de prise de contrôle d'un autobus, tôt mercredi, jusqu'au moment où les assaillants se sont préparés à faire sauter des engins explosifs à travers les installations. Celles-ci s'étendent sur plus de cinq kilomètres carrés et sont situées à 1300 kilomètres au sud d'Alger.

Tous les otages tués étaient des étrangers, à l'exception d'un garde algérien. Dans le groupe des otages décédés, on compte sept Japonais, six Philippins, trois travailleurs des États-Unis, trois autres de la Grande-Bretagne, deux de la Roumanie, et un employé originaire de la France.

Le bilan total des victimes demeurait encore imprécis, d'autant plus que les totaux des gouvernements étrangers semblaient indiquer que plus de cinq travailleurs manquaient toujours à l'appel. Ces totaux étaient d'ailleurs plus bas que les estimations de 81 morts tirées dimanche de rapports algériens sur les morts et les disparus.

La Brigade masquée, le groupe qui revendique la préparation et l'exécution de la prise d'otages, a annoncé que d'autres attaques seraient lancées contre tout pays appuyant l'effort de guerre français au Mali. L'Algérie a permis à la France d'utiliser son espace aérien pour atteindre ce pays.

Selon le premier ministre Sellal, les assaillants espéraient même rentrer au Mali avec leurs otages étrangers. Sept otages français capturés au cours des dernières années seraient d'ailleurs probablement détenus par des groupes liés à Al-Qaïda dans le nord du Mali.