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20/01/2013 05:34 EST | Actualisé 22/03/2013 05:12 EDT

Les Jordaniens aux urnes pour des législatives boycottées par les islamistes

Les Jordaniens sont invités à renouveler leur Parlement mercredi, mais l'appel au boycott lancé par les islamistes risque d'aboutir à une Assemblée peu susceptible de mener des réformes et à la poursuite des remous politiques dans le royaume hachémite.

La Jordanie a fondé bon nombre d'espoirs sur ce scrutin au cours duquel 2,27 millions d'électeurs doivent départager 1.500 candidats pour 150 sièges.

Amman souhaite que le nouveau Parlement agisse en moteur de la réforme, et coupe ainsi l'herbe sous le pied des manifestants mobilisés dans la foulée du Printemps arabe, fossoyeur de quatre régimes dans la région.

Mais les Frères musulmans, principale force d'opposition, ainsi que le Front de réforme national de l'ex-Premier ministre Ahmad Obeidat, ont appelé leurs partisans à bouder les urnes le 23 janvier, limitant la portée du scrutin et des réformes qui pourraient en découler.

Ce boycott a été qualifié d'"erreur de calcul" par le roi Abdallah II dans un entretien avec l'AFP en septembre.

"Les parlements précédents ont prouvé leur incapacité à introduire des réformes et du changement. Le Parlement à venir n'y fera pas exception. Il pourrait même être pire", s'insurge Zaki Bani Rsheid, un dirigeant des Frères musulmans.

"Beaucoup de gens ne vont pas voter et le paysage politique n'en sera que plus décevant. Tout espoir d'instaurer une vraie vie politique comme fondement d'un régime parlementaire est illusoire", déclare-t-il à l'AFP.

En l'absence des forces islamistes, la victoire de chefs tribaux, de personnalités proches du régime et d'hommes d'affaires semble assurée.

Les Frères musulmans réclament notamment la révision du découpage des circonscriptions électorales, jugé injuste. Ils exigent aussi l'instauration d'un système parlementaire dans lequel le Premier ministre serait issu de la majorité du Parlement, et non plus nommé par le roi.

"Nous n'avons pas l'intention de renverser le régime. Nous voulons le réformer", souligne Zaki Bani Rsheid, tout en estimant avoir "pris la bonne décision en boycottant le scrutin". "Un Parlement ou un gouvernement imposés au peuple n'ont aucune légitimité. Il faut un vaste dialogue national", dit-il.

Selon la Constitution, les élections législatives doivent avoir lieu tous les quatre ans.

Un scrutin anticipé avait été organisé en 2010 après la dissolution du Parlement par le roi. Ces élections avaient déjà été boycottées par les islamistes en signe de protestation contre le découpage des circonscriptions qui avantagent, selon eux, les régions rurales, plutôt proches du régime, au détriment des centres urbains, plus enclins à soutenir les islamistes.

"Nous espérions que ces élections (de 2010) se déroulent dans un climat de concorde nationale, qu'elles donnent un certain pouvoir aux députés et permettent la mise en chantier des réformes. Mais il n'en n'a rien été", regrette Oraib al-Rintawi, directeur du Centre Al-Qods pour les études politiques.

"Ces élections (de mercredi) vont aggraver les problèmes au lieu de les résoudre, surtout à cause du boycott. Nous allons voir l'émergence d'un Parlement sans aucun poids politique", assure-t-il.

Si le Printemps arabe a largement épargné la Jordanie, des manifestations en faveur de réformes et contre la corruption y ont lieu régulièrement.

Or les élections à venir ne vont pas permettre de changement, à en croire l'analyste politique Labib Kamhawi. "L'opposition va continuer à s'exprimer pacifiquement dans la rue. Et je pense qu'après les élections, elle va réclamer la dissolution du Parlement, ce qui nous ramène à la case départ", dit-il.

Au contraire, le ministre de l'Information et porte-parole du gouvernement Samih Maaytah estime que les élections législatives sont "la porte ouverte à de nouvelles réformes. Ce n'est pas la fin des réformes. Le boycott n'est pas la solution", assure-t-il.

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