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19/01/2013 01:04 EST | Actualisé 20/03/2013 05:12 EDT

Shelly Yachimovich, une passionaria pour redonner espoir aux travaillistes

Nouvelle patronne des travaillistes, Shelly Yachimovich tente de redonner sa popularité au parti historique de la gauche israélienne en misant presque exclusivement sur la carte sociale et délaissant le processus de paix avec les Palestiniens.

Il y a peu, Shelly Yachimovich faisait encore figure d’outsider.

Pourtant, sous la direction de cette ex-journaliste de 52 ans, une passionaria défendant les droits des salariés, des femmes et des pauvres, douée d'un sens de la répartie, le Parti travailliste a remonté la pente. Il est crédité de 16 ou 17 élus à la Knesset (Parlement) après les législatives du 22 janvier, contre 8 aujourd'hui. Certes, il est loin de retrouver sa position hégémonique des trois premières décennies après la création d'Israël en 1948, mais il devrait devenir la deuxième force parlementaire.

Shelly Yachimovich affirme qu'elle n'entrera pas dans un gouvernement d'union nationale sous la direction de Benjamin Netanyahu.

Opposé à la politique ultra-libérale de ce dernier, elle se pose en avocate des classes moyennes. Elle préconise une hausse des impôts sur les revenus les plus élevés, l'amélioration des services publiques et des mesures d'encouragement à l'accès au logement.

Même si elle ne s'est pas directement impliquée dans le mouvement de masse des "indignés" israéliens de l'été 2011, "Shelly" en a recueilli des fruits: plusieurs jeunes activistes, leaders de cette contestation sociale, figurent en bonne place sur la liste travailliste.

Correspondante politique de la radio et de la TV jusqu’en 2006, Mme Yachimovich mettait les sujets sociaux et féministes à l’ordre du jour de ses émissions. Elle dénonçait aussi la corruption et les liens entre le gouvernement et les milieux d'affaires. Ainsi, elle n’a pas hésité à s’en prendre à Shari Arison, la femme la plus riche d’Israël, qui vient d’annoncer le licenciement de 900 employés.

Elue députée travailliste en 2006, cette mère-célibataire refuse un poste de ministre et devient une des parlementaires les plus actives de la Knesset, où elle est réélue en 2009.

Elle fait passer plus d’une quinzaine de lois sociales, dont l’allongement du congé de maternité de 12 à 14 semaines et l’obligation pour les employeurs de donner à leurs salariés la possibilité de s’asseoir.

En septembre 2011, cette enfant chérie des médias, excellente débatteuse, crée la surprise en s'imposant à la tête du Parti travailliste contre l'ancien leader syndical et ex-ministre de la Défense Amir Peretz. Elle devient la deuxième femme, après Golda Meir (1969-1974), à diriger ce parti.

Toutefois, sa discrétion et ses positions en demi-teinte sur le dossier palestinien alimentent les critiques acerbes de ses détracteurs à gauche.

Mme Yachimovich défend un règlement de paix avec les Palestiniens basé sur les lignes de juin 1967, avec des ajustements territoriaux, mais a refusé à plusieurs reprises de condamner la colonisation juive en Cisjordanie.

Elle a récemment déclaré que tant qu'un accord n'avait pas été conclu avec les Palestiniens, il ne fallait pas réduire le budget attribué aux colonies.

"Il n'est pas possible de traiter les résidents d'implantations établies légalement et selon des décisions gouvernementales comme des criminels", a-t-elle plaidé, rappelant que nombre de colonies avaient été établies sous l'impulsion des dirigeants travaillistes.

Née à Kfar Saba, dans les faubourgs de Tel Aviv, en 1960, Shelly Yachimovich vient d'une famille modeste. Son père était ouvrier en bâtiment et sa mère institutrice. Elle a achevé en 1985 des études dans les sciences du comportement avant de se lancer dans le journalisme.

dms/agr/feb