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19/01/2013 04:27 EST | Actualisé 20/03/2013 05:12 EDT

Le nouveau Parlement irakien n'est encore qu'un mirage dans le désert

Plus occupés à s'entredéchirer qu'à examiner des projets de loi, les députés irakiens n'ont pas encore félicité, ni même approché le cabinet d'architecture britannique lauréat du concours destiné à choisir un nouveau bâtiment au Parlement dans lequel ils siègeront.

Le Parlement actuel ne fait plus l'affaire. Posé en pleine "zone verte", le quartier ultra-protégé de Bagdad, le bloc de béton au cachet soviétique et ses dédales de couloirs à la moquette élimée date de l'époque du président déchu Saddam Hussein, figure honnie par nombre de parlementaires.

Pour lever tout soupçon de corruption, Bagdad avait chargé fin 2011 un organisme étranger, l'Institut royal des architectes britanniques, d'organiser le concours.

La semaine dernière, l'Institut a finalement opté pour le projet soumis par le cabinet londonien Assemblage.

Las, depuis l'annonce des résultats, Assemblage dit n'avoir reçu aucun appel du Parlement irakien. Des revues spécialisées assurent même que Bagdad est en pourparlers l'architecte d'origine irakienne Zaha Hadid.

"Je pense qu'ils (ses interlocuteurs irakiens) ont fort à faire en ce moment. Ils essayent d'éviter la dissolution du Parlement et le chaos", explique Peter Besley, co-fondateur et président d'Assemblage, lors d'une interview avec l'AFP.

"Je crains qu'il n'y ait même pas de députés pour siéger dans le nouveau Parlement", plaisante-t-il, mi-figue, mi-raisin.

C'est que l'exécutif irakien a bien du mal à se dépêtrer d'une crise à rebondissements qui met aux prises le Premier ministre Nouri al-Maliki, un chiite, avec la minorité sunnite.

Les sunnites sont très remontés contre M. Maliki. Ils s'estiment injustement traités par le pouvoir en place. Depuis fin décembre et l'arrestation de gardes du corps du ministre des Finances, Rifaa al-Issawi, ils manifestent leur grogne à coups de manifestations et d'opérations coup de poing.

La crise rejaillit inévitablement sur le Parlement, incapable d'étudier, et encore moins de voter, des projets de loi d'importance depuis les dernières élections de mars 2010.

A un moindre niveau, les parlementaires ne sont manifestement pas non plus en mesure de se mettre d'accord sur le nouveau bâtiment qui les accueillera.

Le règlement du concours stipule bien qu'ils n'ont en aucun cas l'obligation de choisir le projet retenu par l'Institut royal des architectes britanniques. Mais plus d'une semaine s'est écoulée depuis que le nom du gagnant a été annoncé, et le Parlement ne s'est toujours pas manifesté.

Le cabinet Assemblage a reçu les 250.000 dollars de prix et se montre enthousiaste à l'idée de donner corps à son projet. Les architectes assurent que la construction pourrait débuter dès 2015.

A en juger par les maquettes assemblées par les architectes, le bâtiment serait circulaire, doté de panneaux latéraux qui protégeraient ses occupants du brûlant soleil irakien.

Outre la Chambre des députés, un hémicycle serait réservé à la future chambre haute du Parlement, le Conseil fédéral, qui n'existe pour l'heure que dans la Constitution.

Son coût total est estimé à 411 millions de dollars.

Sollicités par l'AFP, les responsables du Parlement n'ont pas souhaité s'exprimer sur le projet britannique.

En outre, la revue britannique "Building Design" assure que selon les architectes arrivés deuxième et troisième au concours, Assemblage n'est en rien assuré de remporter le contrat.

Le cabinet Zaha Hadid Architects n'a pas souhaité répondre aux questions de l'AFP, mais dans un communiqué il explique qu'"aucune décision n'a encore été prise" concernant le nouveau Parlement.

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