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19/01/2013 01:02 EST | Actualisé 20/03/2013 05:12 EDT

Avigdor Lieberman, le provocateur de la droite israélienne

Le tonitruant et controversé Avigdor Lieberman, disqualifié pour les élections après sa mise en examen pour fraude et abus de confiance, n'en nourrit pas moins l'ambition de revenir au gouvernement et devenir un jour le chef de la droite en Israël.

En tournée électorale dans des colonies juives en Cisjordanie, M. Lieberman, en deuxième position sur la liste entre son parti et celui du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a tenu à se rendre au caveau des Patriarches, lieu saint pour les juifs comme pour les musulmans, provoquant la colère des Palestiniens.

Avant l'annonce des poursuites le 13 décembre, il accusait l'Europe de suivre une politique hostile aux juifs comme avant le génocide nazi, parce qu'elle condamnait des projets de colonies malgré "les appels à la destruction d'Israël", en référence à des déclarations du Hamas palestinien.

Né dans la république soviétique de Moldavie, Avigdor Lieberman, 54 ans, a émigré en 1978 en Israël, où il a travaillé un temps comme videur de boîte de nuit. Diplômé en sciences sociales de l'Université hébraïque de Jérusalem, il a effectué son service militaire.

Il a rejoint le Likoud, le grand parti de la droite nationaliste, dont il a gravi les échelons jusqu'à devenir directeur de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son premier mandat (1996-1999).

Les médias l'ont alors affublé des surnoms de "Raspoutine" et de "KGB", en allusion à son comportement autoritaire et à ses origines, dont son verbe lent en hébreu conserve un lourd accent.

Mais là réside aussi l'atout de M. Lieberman, qui a créé en 1999 son propre parti nationaliste, Israël Beiteinou ("Israël notre maison"), capitalisant sur le vote du million d'Israéliens émigrés de l'ex-URSS, un socle électoral qu'il a considérablement élargi depuis.

Dans les années 2000, il s'est illustré par des déclarations à l'emporte-pièce, prônant ainsi un bombardement du barrage d'Assouan pour inonder l'Egypte, premier pays arabe à signer la paix avec Israël, en cas de soutien à l'Intifada palestinienne.

Il est devenu en 2001 ministre des Infrastructures nationales dans le gouvernement d'Ariel Sharon, avant de détenir les portefeuilles des Transports puis des Affaires stratégiques.

Le retour au pouvoir de M. Netanyahu en 2009, et la performance de son parti aux élections lui ont valu de devenir ministre des Affaires étrangères, malgré son style fort peu diplomatique.

En 2008, M. Lieberman a ciblé les Arabes israéliens, qualifiant de "cinquième colonne" potentielle ces descendants des Palestiniens restés sur leur terre après la création d'Israël en 1948.

L'une de ses idées iconoclastes est "l'échange de territoires, populations comprises" qui ferait passer sous administration palestinienne une partie de la minorité arabe d'Israël en échange des colonies de Cisjordanie, un projet qu'il a exposé en 2010 à l'ONU, mais qui a été désavoué par M. Netanyahu.

Ecarté du processus de paix israélo-palestinien ainsi que du dossier crucial des relations avec les Etats-Unis, il s'est rabattu sur l'Afrique et l'Amérique latine, sans résultat diplomatique probant.

Résolument laïc, il n'est pas un partisan du "grand Israël", défendu par le lobby des colons, mais vit dans une implantation juive près de Bethléem.

Il se dit même prêt à déménager en cas de paix avec les Palestiniens même s'il juge cette perspective irréaliste et plaide pour "un accord intérimaire à long terme".

Il es marié et père de trois enfants.

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