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18/01/2013 07:15 EST | Actualisé 20/03/2013 05:12 EDT

Mises en gardes à l'Algérie pour préserver les otages

Les Etats-Unis et le Japon ont lancé vendredi un avertissement à l'Algérie pour qu'elle préserve la vie des otages retenus par des islamistes sur un site gazier, Washington relayant à mots couverts les critiques du Royaume-Uni ou de la Norvège à l'adresse d'Alger.

Le gouvernement américain, qui a confirmé dans la soirée la mort d'un de ses ressortissants, reste pour autant très prudent devant l'assaut de l'armée algérienne pour libérer les otages.

D'abord parce que Washington dispose visiblement de peu d'informations sur ce qui se passe sur le complexe gazier d'In Aménas, à 1.300 km au sud-est d'Alger, près de la Libye. Ensuite, parce que des responsables américains savent que l'Algérie est extrêmement jalouse de sa souveraineté et ne goûte guère les critiques étrangères.

Au contraire du président français François Hollande ou du Premier ministre britannique David Cameron, le président Barack Obama n'a pas dit un mot sur cette crise et la Maison Blanche n'a diffusé aucun communiqué, ni tenu de point de presse vendredi.

M. Obama a laissé sa secrétaire d'Etat Hillary Clinton demander à Alger de faire preuve d'une "précaution extrême" pour sauver les otages encore aux mains d'islamistes proches d'Al-Qaïda.

Recevant son homologue japonais Fumio Kishida, Mme Clinton a expliqué à la presse avoir mis en garde au téléphone le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal: elle l'a exhorté à "préserver des vies innocentes", face à une "situation extrêmement difficile et dangereuse".

La chef de la diplomatie américaine a toutefois donné crédit à Alger --où elle était en octobre pour discuter du Mali voisin-- d'avoir payé un très lourd tribut au terrorisme islamiste. "L'Algérie sait mieux que quiconque à quel point ces groupes sont impitoyables. Ils ont mené une guerre terrible pendant des années avec un coût humain très élevé", a rappelé Mme Clinton, en allusion à la guerre civile algérienne des années 1990.

Le conflit au Mali et la crise des otages en Algérie viennent en fait alimenter les craintes qu'a Washington depuis des mois d'une déstabilisation de pays d'Afrique du Nord et du Sahel par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Peu coutumier d'interventions sur ces dossiers, le Japon s'est lui aussi alarmé d'une action "terroriste absolument intolérable" contre le site gazier.

Sans nouvelles vendredi soir (heure de Tokyo) de dix de ses ressortissants, le gouvernement japonais a convoqué l'ambassadeur d'Algérie à Tokyo pour protester contre l'assaut de l'armée algérienne.

"Le gouvernement japonais a demandé au gouvernement algérien de placer la sécurité et la vie des otages au premier rang de ses priorités", a prévenu le ministre des Affaires étrangères Kishida.

Plusieurs étrangers -- trois Belges, deux Américains, un Japonais et un Britannique, selon des sources islamistes citées par l'agence mauritanienne (ANI) -- se trouvaient toujours vendredi soir aux mains des ravisseurs sur le complexe gazier.

Mais le département d'Etat a refusé de commenter ces informations.

A Londres, M. Cameron a, lui, été ouvertement critique contre Alger.

Il a certes qualifié de "terroriste, brutale et sauvage" l'attaque islamiste, mais il a regretté à deux reprises de ne pas avoir été prévenu du lancement de l'opération de l'armée algérienne.

Quant à la Norvège, sans nouvelles de huit ressortissants, elle doit se préparer à "de mauvaises nouvelles", a prévenu son Premier ministre Jens Stoltenberg. Il a répété à son homologue algérien, M. Sellal, que la priorité devait être donnée à la sécurité des otages.

Tranchant avec Washington, Tokyo, Londres et Oslo, Paris, qui a aussi annoncé la mort d'un otage, s'est montrée compréhensive face à une situation "complexe" pour Alger. La France est en première ligne dans la guerre au Mali et l'Algérie l'a autorisée à survoler son territoire pour ses avions de combat.

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