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18/01/2013 03:58 EST | Actualisé 20/03/2013 05:12 EDT

L'avenir du projet d'oléoduc Keystone XL est entre les mains de John Kerry

WASHINGTON - Les audiences du Sénat américain sur la nomination de John Kerry au département d'État devraient se dérouler sans encombre la semaine prochaine, mais déjà son parti pris pour les enjeux environnementaux inquiète les défenseurs du projet d'oléoduc canadien Keystone XL.

Le sénateur du Massachusetts, après tout, a longtemps été l'un des «faucons» les plus acharnés de Washington pour la lutte aux changements climatiques, lui qui a notamment mené une bataille infructueuse il y a trois ans pour faire adopter au Congrès un projet de loi sur la réduction des gaz à effet de serre.

Or, des rapports financiers indiquent que John Kerry possède des actions dans deux compagnies pétrolières canadiennes — dont un investissement de 750 000 $ dans Suncor —, qui ont fait pression pour que le projet Keystone XL soit approuvé. Des intérêts dont le sénateur Kerry devra vraisemblablement se départir prochainement s'il devient secrétaire d'État.

Au cours des prochaines semaines, le département d'État décidera s'il donnera son aval au controversé projet d'oléoduc qui doit traverser la frontière américaine. Le pipeline de 7 milliards $ de la société canadienne TransCanada (TSX:TRP) servirait à transporter du pétrole provenant des sables bitumineux albertains vers les raffineries du golfe du Mexique.

Depuis qu'il a été nommé pour succéder à Hillary Clinton au poste de secrétaire d'État, John Kerry n'a laissé filtrer aucun indice sur le sort qu'il prévoit réserver au projet Keystone.

Malgré ses positions passées, les environnementalistes américains ne s'assoient pas pour autant sur leurs lauriers. Une coalition de groupes environnementaux a rendu publics jeudi deux rapports suggérant que l'impact environnemental du projet Keystone sera encore plus dévastateur que ce qui avait été estimé jusqu'ici.

Les auteurs des rapports soutiennent que le projet Keystone jouera un rôle critique dans l'augmentation — estimée au triple — de la production de sables bitumineux d'ici 2030, ce qui mènera à une explosion des émissions de gaz à effet de serre.

Un des principaux alliés de John Kerry sur la question des changements climatiques, le représentant démocrate californien Henry Waxman, a émis une déclaration sans équivoque sur ces études. «Si le projet d'oléoduc est approuvé, la planète recevra des millions de tonnes supplémentaires de pollution causée par le carbone tous les ans, et ce pour les prochaines décennies», soutient-il.

«Après l'ouragan Sandy, les sécheresses dévastatrices, les incendies de forêts sans précédent et l'année la plus chaude enregistrée aux États-Unis, nous savons que les changements climatiques sont réalité, actuellement. Nous devons les combattre maintenant et nous devons dire non à cet oléoduc polluant.»

TransCanada a, pour sa part, discrédité ces études. «Il s'agit de la plus récente tentative orchestrée par des militants professionnels qui s'opposent au projet Keystone XL pour changer la nature de la discussion — il n'y a rien de nouveau», a fait valoir le porte-parole Shawn Howard dans une déclaration.

«Le véritable enjeu est de savoir si le projet d'oléoduc répond aux normes réglementaires pour obtenir le permis présidentiel permettant de traverser une frontière. Selon notre point de vue, le projet (Keystone) ne fait pas que répondre aux normes américaines — il les dépasse.»

La journée de jeudi a également été occupée pour les partisans de l'oléoduc. Dix gouverneurs républicains ainsi que le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, ont envoyé une lettre au président américain Barack Obama pour l'exhorter à approuver le projet, le qualifiant de crucial pour la sécurité énergétique et la prospérité économique des deux pays.