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18/01/2013 10:46 EST | Actualisé 20/03/2013 05:12 EDT

Aveux Armstrong: Les détracteurs veulent en savoir plus

Lance Armstrong, qui a reconnu jeudi que son histoire "mythique et parfaite" était un "gros mensonge", n'a pas convaincu ses détracteurs qui lui demandent d'aller plus loin dans les révélations sur son passé de dopé.

L'Américain a "fait un pas", selon l'expression plusieurs fois entendue vendredi en réaction à la diffusion de la première partie du face à face télévisé avec l'animatrice Oprah Winfrey.

Mais tous, comme Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France, attendent maintenant d'en "savoir plus" sur le système Armstrong, peut-être lors de la seconde partie diffusée vendredi soir, et surtout devant les autorités sportivo-judiciaires.

"Nous prions instamment Lance Armstrong de présenter aux autorités antidopage compétentes toutes les preuves qu'il détient afin que nous puissions mettre définitivement un terme à ce sombre épisode", a ainsi réagi le Comité international olympique (CIO).

Dans sa première interview, enregistrée lundi, depuis qu'il a été déchu en octobre de ses titres et radié à vie, l'ancien cycliste a paru complètement maîtriser son discours, évacuant une décennie de dénégations et avouant par quelques +oui+ tranchants qu'il n'avait pas roulé proprement.

"Je vois cette situation comme un gros mensonge. J'ai pris ces décisions, ce sont mes erreurs. Je suis là pour dire que je suis désolé. Tout est de ma faute", a dit Armstrong, 41 ans, qui a jugé impossible de gagner sept fois le Tour de France d'affilée, comme il l'a fait de 1999 à 2005, sans se doper.

Armstrong a assuré que se doper "faisait partie du boulot" mais qu'il n'avait jamais forcé ses équipiers à le faire, même s'il a reconnu avoir intimidé ceux qui ne croyaient pas à l'histoire "mythique, parfaite" de survivant du cancer capable d'écraser la plus grande course du monde à la seule force de ses mollets et de sa volonté.

Cintré dans une chemise bleu et un blazer foncé, il a aussi assuré qu'il n'avait eu pas l'impression de tricher. "Cela fait peur", a-t-il dit à propos de son attitude durant son règne sans partage sur le peloton.

"Mon cocktail c'était l'EPO, les transfusions (sanguines) et la testostérone", a-t-il expliqué, ajoutant aussi la cortisone et les hormones de croissance à cette liste, comme l'avait souligné l'Agence antidopage américaine (Usada) dans le rapport qui a précipité sa chute.

Il a toutefois nié s'être dopé lors des Tours de France 2009 et 2010, lorsqu'il avait repris la compétition après une première retraite, comme l'Usada l'affirme. Il a daté son dopage du milieu des années 1990 à 2005.

L'Américain a qualifié son dispositif de "professionnel et intelligent" mais n'en a pas expliqué le fonctionnement, laissant en suspens de nombreuses questions notamment sur les complicités dont il a pu bénéficier.

"Je ne veux accuser personne, ce sont mes erreurs", a-t-il dit, soulignant même que le préparateur italien Michele Ferrari était "un homme bon".

Le président de l'Usada, Travis Tygart a salué ce "pas" mais veut maintenant l'entendre sous serment décrire l'ampleur complète de ses activités illicites.

En collaborant avec les autorités antidopage, Armstrong pourrait obtenir une réduction de sa suspension à vie.

Si une "commission vérité et réconciliation" voit le jour pour mettre fin à l'omerta sur le dopage dans le peloton, comme le souhaite l'Usada mais pas l'Union cycliste internationale (UCI), il "sera le premier sur le pas de la porte".

L'ancien leader de l'US Postal, qui a plusieurs fois répété qu'il n'était "pas un fan de l'UCI", a aussi reconnu avoir fait une donation à l'instance mondiale du cyclisme parce que celle-ci "lui avait demandé", mais pas en échange du camouflage d'un contrôle positif (au Tour de Suisse 2001).

"Armstrong a confirmé qu'il n'y avait pas de collusion ou de complot entre l'UCI et Lance Armstrong. Il n'y avait pas de contrôles positifs qui ont été camouflés et il a confirmé que les dons faits à l'UCI étaient destinés à soutenir la lutte antidopage", s'est réjoui le président de l'UCI, Pat McQuaid.

Son prédécesseur, le Néerlandais Hein Verbruggen, souvent dépeint comme un fidèle soutien d'Armstrong a lui fustigé ses détracteurs: "Ceux qui (nous) avaient accusés ou soupçonnés sont sans doute déçus" par les déclarations d'Armstrong.

Livestrong, la fondation de lutte contre le cancer qu'il avait fondée en 1997 après avoir vaincu la maladie mais avec laquelle il a coupé les ponts, s'est dite "déçue" d'entendre que son héros a "trompé les gens".

Ces aveux exposent Armstrong, prié jeudi par le CIO de rendre sa médaille de bronze du contre-la-montre des JO de Sydney (2000), à des risques de poursuites par le gouvernement américain.

Le Texan, qui doit rembourser les primes de course touchées pendant son règne, est déjà menacé par deux procès au civil (par l'hebdomadaire britannique Sunday Times et l'assureur américain SCA Promotions) pour des sommes qui au total dépasseraient 10 millions de dollars. Il pourrait maintenant être assailli par d'anciens parraineurs ou partenaires estimant avoir été dupés.

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