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18/01/2013 01:08 EST | Actualisé 20/03/2013 05:12 EDT

Armstrong exposé à des poursuites, après sa "prestation théâtrale ratée"

"Arrogant" et "sans remords", l'ancien coureur cycliste Lance Armstrong a "raté sa prestation théâtrale", lorsqu'il a admis s'être dopé jeudi soir à la télévision, l'exposant d'autant plus à des poursuites judiciaires, selon des experts en droit interrogés par l'AFP.

"Il a complètement raté sa performance". Lance Armstrong, qui a pour la première fois admis avoir menti et s'être dopé durant sa carrière sportive, "a grillé toutes ses chances de décourager" de potentielles plaintes, commente Jordan Kobritz, directeur du département sports à SUNY Cortland.

Sa "repentance et ses regrets faisaient partie de la prestation théâtrale mais son arrogance l'a desservi", rendant "son intérêt complètement transparent", renchérit Peter Keane, professeur de droit à la Golden Gate University.

Jordan Kobritz, "en tant qu'ancien avocat", est convaincu que les avocats du coureur n'étaient "pas en faveur de cette interview car elle est porteuse de trop de conséquences judiciaires potentielles, et ils avaient bien raison".

Par ses aveux, Armstrong "s'est exposé à de plus grandes poursuites civiles", estime aussi Michael McCann, futur directeur de l'Institut du sport à l'université du New Hampshire.

Le ministère de la Justice a demandé un délai supplémentaire pour dire s'il se joint à une plainte, déposée en 2010 par l'ancien co-équipier d'Armstrong, Floyd Landis, pour récupérer l'argent public versé par la US Postal à l'équipe du coureur, a indiqué une source proche du dossier.

Le gouvernement aurait versé plus de 30 millions de dollars à l'équipe et peut espérer récupérer trois fois cette somme.

En outre, l'ancien coureur n'a "rien fait pour dissuader certaines personnes dont il a ruiné la vie de le poursuivre", commente Jordan Kobritz.

A propos de l'ex-masseuse du sportif, Emma O'Reilly, et de la femme de son co-équipier, Betsy Andreu, que le coureur avait accusé de mentir après leurs allégations de dopage, le champion déchu a "grillé sa possibilité d'être pardonné et les a littéralement incitées à le poursuivre" en diffamation, observe l'expert.

Avec les probables recours de l'hebdomadaire britannique Sunday Times pour 1,2 million d'euros et de l'assureur SCA, portant sur 7,5 millions de dollars, les juristes pensent que ce sera plus une affaire de gros sous que de liberté.

"Cela va être un montant gigantesque d'argent", prédit Peter Keane. Mais cela ne devrait pas être insurmontable pour l'ancien héros du Tour de France, qui pèserait entre 100 et 125 millions de dollars, selon les estimations.

Et "maintenant qu'il est découvert, un grand jury fédéral va probablement l'inculper de fraude", l'exposant à une peine de prison de cinq ans, a renchéri l'analyste.

Le ministère de la Justice avait refermé l'an dernier son enquête pénale, sans explication. "A présent qu'Armstrong fait son coming out et qu'il met au défi le gouvernement de faire quelque chose, il y aura une pression énorme au ministère de la Justice pour aller plus loin, autrement, cela signifierait que cet homme est au-dessus des lois", promet M. Keane.

Rien n'est moins sûr, s'agissant des poursuites pénales, estiment ses confrères. D'abord parce que les conséquences financières pour l'équipe US Postal pourraient être plus limitées qu'on ne croit.

Mais aussi parce que "le délai de prescription pourrait lui rendre service en matière pénale", souligne Michael McCann.

Si les accusations de fraude devraient encore être possibles, les poursuites pour parjure pour des déclarations faites sous serment en 2005 seront à coup sûr empêchées par une prescription de cinq ans.

Et enfin parce qu'Armstrong a "l'une des meilleures équipes d'avocats du pays" qui se battra bec et ongles pour retarder et empêcher les procédures.

Pour M. Kobritz, "le résultat le plus logique serait qu'Armstrong passe un accord" avec les plaignants "et les achète".

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