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11/01/2013 12:57 EST | Actualisé 13/03/2013 05:12 EDT

Washington cherche à améliorer ses relations avec le Venezuela post-Chavez

L'administration Obama, pragmatique, veut améliorer ses relations avec le Venezuela de l'après Chavez, mais rien n'assure que le successeur du populaire et antiaméricain président vénézuélien saisira la main tendue par Washington, préviennent des experts.

Même s'ils disposent de peu d'informations sur l'état de santé de Hugo Chavez, hospitalisé à Cuba pour un cancer et invisible depuis un mois, des responsables américains le pensent très mal en point et ne croient pas à son retour au pouvoir.

Si bien qu'avant même que le héraut du "socialisme du 21e siècle" ne disparaisse de la scène publique le 10 décembre, la secrétaire d'Etat adjointe américaine chargée de l'Amérique latine, Roberta Jacobson, avait pris l'initiative fin novembre de téléphoner au vice-président vénézuélien Nicolas Maduro.

C'est à cet héritier désigné que Hugo Chavez a confié une partie de ses pouvoirs avant de partir pour La Havane.

Washington et Caracas n'ont plus d'ambassadeurs depuis 2010 et Mme Jacobson et M. Maduro ont discuté des moyens de retisser des liens, notamment sur la lutte antidrogue, le contre-terrorisme ou l'énergie. Le Venezuela est assis sur d'imposantes réserves pétrolières et représente 10% des importations américaines.

Pragmatique, à l'instar de sa diplomatie du "reset" avec la Russie, l'administration Obama cherche à faire "redémarrer" ses relations avec le Venezuela, consciente que le régime Chavez ne disparaîtra pas avec son créateur, auquel pourraient succéder ses fidèles Nicolas Maduro ou le président de l'Assemblée Diosdado Cabello.

"Nous disons clairement depuis un moment que nous voulons essayer d'améliorer nos relations avec le Venezuela", a confirmé la porte-parole du département d'Etat Victoria Nuland. "Si son gouvernement et son peuple veulent avancer avec nous, une voie est possible. Mais il faut être deux pour danser le tango", a ajouté la diplomate.

De fait, l'homme fort du Venezuela, au pouvoir depuis 1999 et qui a toujours prôné une Amérique latine dégagée de l'influence américaine "n'a jamais montré de réel intérêt pour une relation constructive" avec les Etats-Unis, relève Cynthia Arnson, directrice au Woodrow Wilson International Center.

Son confrère Eric Farnsworth, vice-président du centre de réflexion Council of Americas, pointe aussi l'intransigeance du régime Chavez et constate que "Washington, très frustré depuis des années de ses mauvaises relations avec le Venezuela, cherche des moyens de les améliorer".

Mais "quel que soit le successeur de Chavez, rien ne dit qu'il voudra automatiquement avoir de meilleures relations avec les Etats-Unis. On peut même imaginer qu'il cherchera à les saper encore plus", pronostique l'expert, qui voit dans "l'antiaméricanisme forgé par Chavez" le meilleur moyen pour son successeur de "gagner de la légitimité politique".

D'ailleurs, en rendant public son coup de téléphone avec la diplomate américaine Jacobson, M. Maduro a rappelé que les deux pays avaient "des avis absolument opposés du point de vue historique et politique (et) de grandes différences idéologiques".

Pour autant, "les chances d'avoir une relation productive sont plus élevées avec Maduro" qu'avec M. Cabello, considéré comme un nationaliste pur et dur, estime Cynthia Arnson.

La spécialiste plaide pour "une réinstallation des ambassadeurs dans les deux capitales, une pré-condition minimale pour améliorer les relations".

Mais Roger Noriega, prédécesseur de Mme Jacobson au département d'Etat sous la présidence de George W. Bush, fustige tout projet de "retour des ambassadeurs à Washington et à Caracas à un moment si crucial (car) cela tuerait les espoirs de l'opposition démocratique et légitimerait Maduro".

Ce n'est de toute façon pas le choix de Washington qui préfère pour l'instant tenter de dialoguer avec Caracas sur la "substance" de leur coopération, surtout en matière de drogue et de pétrole.

nr/are