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11/01/2013 09:05 EST | Actualisé 13/03/2013 05:12 EDT

La France mène ses premières opérations militaires contre les rebelles au Mali

BAMAKO, Mali - La France a lancé, vendredi, une opération militaire pour aider le gouvernement du Mali à défaire des militants rebelles liés à Al-Qaïda qui ont réalisé d'autres gains sur le terrain cette semaine, rehaussant de façon importante les enjeux dans la bataille pour le contrôle de cette vaste nation désertique de l'Afrique occidentale.

Le président français François Hollande a déclaré que «des groupes terroristes, des trafiquants de drogue et des extrémistes» dans le nord du Mali «affichaient une brutalité menaçante pour tous et chacun». Il a aussi promis que l'opération serait aussi longue que nécessaire. Le gouvernement français dit avoir mené cette offensive au Mali à la demande du président Dioncounda Traore, qui a décrété l'état d'urgence, vendredi, en raison de la progression des militants.

L'intervention française a été saluée par le leader de l'Union africaine, de passage à Montréal vendredi. S'adressant à des reporters après un discours, Thomas Boni Yayi a félicité la France pour son soutien au Mali, qualifiant l'initiative de «courageuse».

M. Boni Yayi, qui avait rencontré le premier ministre canadien Stephen Harper mardi, espère que d'autres pays — ainsi que l'OTAN — viendront aussi à la rescousse du Mali. Stephen Harper a fait savoir qu'il ne comptait pas dépêcher de soldats pour combattre les rebelles au Mali.

L'arrivée des troupes françaises dans leur ancienne colonie est survenue 24 heures après que les rebelles islamistes se soient approchés de territoires que contrôlait toujours le gouvernement. Ils ont livré des combats aux forces militaires du Mali pour la première fois en plusieurs mois, prenant même le contrôle de la ville stratégique de Konna.

Depuis maintenant neuf mois, les rebelles islamistes se sont emparés du contrôle d'une vaste section du nord du Mali, une région anarchique du désert où les enlèvements sont de plus en plus nombreux.

«Les forces de l'armée française ont appuyé les troupes maliennes cet après-midi dans leurs combats contre des éléments terroristes», a annoncé M. Hollande, à Paris.

Le président français n'a pas donné de détails sur l'opération, se limitant à dire qu'elle visait à protéger les quelque 6000 citoyens français vivant au Mali, où sept d'entre eux ont déjà été capturés.

Des résidants du centre de Mali disent avoir vu du personnel militaire de l'Occident arriver dans la région, et des avions se posant à un aéroport situé non loin tout au cours de la soirée.

Le colonel Abdrahmane Baby, un spécialiste des opérations militaires pour le ministère des Affaires étrangères, a confirmé à Bamako, la capitale malienne, que les forces françaises étaient arrivées au pays sans révéler de détails.

«Elles sont ici pour appuyer l'armée malienne», a-t-il déclaré à des reporters.

Lors d'une allocution prononcée à la télévision nationale, vendredi, le président Dioncounda Traore a décrété l'état d'urgence , précisant que l'état d'urgence demeurerait en vigueur pendant dix jours et pourrait être renouvelé.

Le président a demandé aux sociétés minières et aux organisations non-gouvernementales de remettre leurs camionnettes et autres camions aux forces militaires maliennes, une requête qui met en doute les capacités réelles de l'armée du pays.

Victoria Nuland, porte-parole américaine du département d'État, a déclaré que «les États-Unis étaient profondément inquiets» face aux événements au Mali, et que Washington maintenait des contacts étroits avec Paris.

Mme Nuland a ajouté que ni la France, ni le Mali n'avait demandé l'aide militaire des États-Unis.

La France a été à la tête d'initiatives diplomatiques pour une intervention internationale dans le nord du Mali, mais les efforts pour instaurer une force dirigée par les autorités africaines, ou pour entraîner la faible armée malienne, progressent lentement.

L'armée française s'est rapidement mobilisée après que les islamistes aient pris le contrôle de la ville de Konna, jeudi, s'approchant ainsi de la base militaire la plus importante, dans le centre du pays.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné la capture de Konna et a pressé les États membres de l'ONU de venir en aide au Mali «afin de réduire la menace que posent les organisations terroristes et leurs groupes associés».

Tard l'an dernier, les 15 nations de l'Afrique occidentale, incluant le Mali, s'étaient mises d'accord sur une proposition selon laquelle les forces militaires reprendraient le contrôle du nord, et avaient demandé le soutien des Nations unies.

Le Conseil de sécurité avait autorisé l'intervention mais imposé certaines conditions, incluant l'entraînement de l'armée du Mali, soupçonnée de graves abus des droits de la personne depuis qu'un coup d'État, l'an dernier, a placé le pays dans le chaos.