POLITIQUE
11/01/2013 10:28 EST | Actualisé 13/03/2013 05:12 EDT

Réunion entre les Premières nations et Stephen Harper: plus de chefs autochtones comptent boycotter la rencontre

CP

OTTAWA - La réunion controversée entre Stephen Harper et des leaders autochtones a pris fin, vendredi soir, sur une promesse de poursuivre le dialogue «à un haut niveau» concernant les traités et les revendications territoriales des Premières Nations.

Malgré les appels au boycott de la part de nombreux chefs autochtones qui ont tenté en vain de pénétrer à l'intérieur de l'édifice où se tenait la réunion, les pourparlers ont permis d'ouvrir la voie à une autre réunion qui devrait se tenir d'ici un mois.

Selon le ministre fédéral des Affaires autochtones, John Duncan, les discussions avec le chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Shawn Atleo, ainsi qu'une vingtaine d'autres chefs autochtones ont été «franches» et «constructives».

«Mais il y a encore plus de travail à accomplir pour améliorer les conditions de vie et les opportunités économiques pour les communautés des Premières Nations», a déclaré le ministre Duncan.

Les promesses du gouvernement sont toutefois restées plutôt vagues.

Un pas important est la reconnaissance par le Premier ministre du besoin d’accroître la supervision de son cabinet et du Bureau du Conseil privé relativement aux dossiers touchant les Autochtones.

Mais quant aux discussions de «haut niveau» promises, elles feraient référence à la prochaine rencontre entre M. Harper et le chef Atleo, a expliqué le ministre Duncan.

Et quant à savoir si le résultat de la rencontre sera suffisant pour apaiser le mouvement de protestation autochtone «Idle no more» et les manifestations au pays, le ministre des Affaires autochtones n'avait pas de réponse.

«Je n'ai aucune idée de ce que cela va faire».

Et pas question pour le gouvernement de faire marche arrière sur les projets de loi omnibus C-38 et C-45, même s'il s'agissait là de demandes spécifiques des nations autochtones.

Le leadership de M. Atleo et de l'Assemblée des Premières Nations demeure par ailleurs fragile, puisque plusieurs chefs autochtones s'opposaient à ces discussions avec le gouvernement et lui avaient même demandé de boycotter la réunion avec M. Harper.

Le chef Atleo croit toutefois avoir «bougé certaines choses aujourd'hui».

«Le premier ministre a écouté respectueusement les chefs et a répondu à tout ce qu'ils ont mis sur la table et pour la première fois, a donné un mandat clair pour des discussions de haut niveau sur la mise en oeuvre des Traités. Le premier ministre Harper s'est aussi engagé à des discussions de haut niveau sur les revendications globales au sujet des terres», a -t-il ajouté.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, a choisi d'assister à la réunion car il voulait saisir cette occasion pour présenter un message clair au gouvernement du Canada. Il disait qu'il y avait urgence de rétablir le processus politique entre le gouvernement et les peuples autochtones.

Après la rencontre, il a formulé ces commentaires, en entrevue à la chaîne RDI. «On est loin d’avoir une situation qui rejoint l’idéal de la grande majorité des chefs, a déclaré M. Picard. Il semble avoir un engagement du côté du premier ministre pour que finalement le processus soit au plus haut niveau possible au sein du gouvernement. Et c’est déjà, à mon sens, un point important».

Mais le chef Picard restait toutefois prudent avant de trop s'emballer. «Il restera à évaluer qu’est-ce que ça veut dire tout ça, qu’est-ce que ça veut dire pour les traités».

Alors que cette réunion de travail s'était mise en branle en début d'après-midi à Ottawa des milliers de manifestants avaient convergé vers le parlement et s'étaient aussi dirigés vers l'édifice Langevin, de l'autre côté de la rue, qui abrite les bureaux du premier ministre Harper.

Ils se sont heurtés à des portes closes, mais ont essayé tout de même de pénétrer à l'intérieur de l'édifice, certains frappant avec grand bruit sur les portes.

Les chefs du Manitoba ont mené la marche vers le bureau du premier ministre.

«Allez Stephen, mes chefs sont là. Viens nous voir. Pour parler de nation à nation. Sois un homme», a crié l'un d'eux plusieurs fois sous les fenêtres du premier ministre.

Parmi ceux qui ont participé à la marche, se trouvaient beaucoup d'Autochtones du mouvement de protestation «Idle No More» (la passivité, c'est fini), en habit cérémonial, dont des personnes âgées et des enfants, portant des affiches et des drapeaux de leurs nations, mais aussi des citoyens non autochtones qui voulaient apporter leur soutien à la cause.

Pour les nations autochtones, de pouvoir discuter de «nation à nation» est aussi une question de dignité. C'est pourquoi ils demandent une «transformation fondamentale» de leur relation avec le gouvernement du Canada.

Parmi leurs demandes à l'ordre du jour pour la réunion se trouvaient un groupe de travail pour la mise en oeuvre des traités, une réforme des réclamations territoriales, un processus pour le partage des revenus des ressources naturelles, une commission d'enquête sur la violence perpétrée contre les femmes autochtones et une école pour chaque communauté.

Vendredi matin, celle qui est devenu le symbole de cette crise, Theresa Spence, avait donné le ton en sortant de son campement de l'île Victoria, à Ottawa, pour en appeler au boycott de la réunion.

«Cette réunion aurait dû se tenir depuis tant d'années», a déclaré la chef d'Attawapiskat, manifestement affaiblie par un mois de diète liquide. Mais elle maintenait que ce devait être une rencontre entre les chefs, le gouverneur général et le premier ministre. La présence du représentant de la reine est essentielle, avait-t-elle affirmé, puisque les nations autochtones ont signé les traités avec la Couronne britannique.

En soirée, Mme Spence a toutefois accepté de prendre part à une rencontre qualifiée de «protocolaire» avec le gouverneur général David Johnston. En de soirée, une porte-parole de Mme Spence a indiqué que la chef autochtone compte continuer de ne plus manger d'aliments solides.

De son côté, le chef de l'opposition officielle, Thomas Mulcair, croit que la rencontre de vendredi a été «un pas dans la bonne direction».

«Maintenant, il faut que cela soit suivi par quelque chose de concret», a insisté le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), lors d'une entrevue avec La Presse Canadienne.

Il veut voir de l'action.

Et il se demande pourquoi cela a pris autant de temps au premier ministre Stephen Harper avant de convoquer pareille réunion. Il souligne qu'une réunion importante avait eu lieu l'an dernier avec les Premières Nations, mais que rien n'a été fait depuis.

«Ça a pris une crise, une situation incendiaire, volatile, et on a vu une réaction très vive des Premières Nations». Il croit que le gouvernement conservateur n'est pas à la hauteur quand il s'agit de faire un suivi sur ces importantes questions.

«Espérons que cela marque un tournant», a lancé le chef du NPD. Car la seule solution plausible, c'est une solution de «nation à nation», croit-il.

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