POLITIQUE
09/01/2013 12:09 EST | Actualisé 11/03/2013 05:12 EDT

La chef d'Attawapiskat, Theresa Spence, ne participera pas à la réunion de vendredi avec Harper

CP

OTTAWA - La chef de la nation d'Attawapiskat, Theresa Spence, n'assistera pas à la rencontre de vendredi entre Stephen Harper et des chefs des Premières Nations si le gouverneur général n'est pas présent.

C'est ce qu'elle a déclaré mercredi, maintenant la pression à deux jours de la rencontre.

Au moins une autre chef, Eva Ottawa, de la nation Atikamekw, au Québec, a signifié mercredi qu'elle boycottera aussi la rencontre. Elle a précisé qu'il s'agit d'un geste «symbolique», par solidarité envers la chef Spence.

Un tel geste demeure symbolique, car il n'a pas encore été révélé quels chefs devaient participer à cette réunion.

Ces refus laissent entrevoir des tiraillements entre les divers chefs autochtones sur le pourquoi et le comment de cette réunion de travail de vendredi, en plus de semer des doutes sur ce qui pourra réellement y être accompli.

Alors que le mouvement de protestation directement issu du peuple autochtone «Idle no more» (la passivité, c'est fini) — dans lequel s'inscrit la grève de la faim de la chef Spence — retient l'attention et maintient la pression, le premier ministre Harper a plutôt choisi de dialoguer avec l'organisation politique qu'est l'Assemblée des Premières Nations (APN).

La chef Spence, qui ne se nourrit depuis un mois que de bouillon de poisson, dit avoir pris sa décision de ne pas prendre part à la réunion de vendredi après que le gouverneur général David Johnston ait indiqué qu'il ne serait pas de la partie, puisqu'il s'agit, selon lui, d'une réunion de travail où doivent être discutées des questions politiques et que là n'est pas sa place.

Interpellant directement la monarque, la chef Spence dit avoir écrit à la reine Élizabeth II pour lui demander d'envoyer son représentant, le gouverneur général, à cette réunion.

Dans un communiqué diffusé mercredi, elle maintient que sa présence est nécessaire lors de discussions portant sur les droits des Autochtones en vertu des traités qui ont été signés par la Couronne d'Angleterre.

«Ce sont ces traités faits en vertu de la Proclamation royale de 1763 qui ont permis l'établissement dans nos territoires. La légitimité du Canada est basée sur ces traités faits avec nos ancêtres», est-il écrit dans le communiqué.

«Si l'État du Canada continue de nuire et de détruire les relations en vertu des traités, quels droits a le Canada d'exister sur nos territoires?», demande la nation d'Attawapiskat.

Mme Spence, devenue l'une des figures de proue du mouvement populaire «Idle No More», avait entamé sa grève de la faim notamment pour obtenir une rencontre avec le premier ministre et le gouverneur général afin de discuter des nombreux problèmes qui affectent les communautés autochtones au pays.

Elle s'était initialement dite «remplie de joie» quand Stephen Harper avait consenti, vendredi dernier, à une réunion de travail.

Le refus du gouverneur général est venu par la suite.

Il reste encore à voir si le gouverneur général acceptera de rencontrer Mme Spence et les chefs des Premières Nations à une autre occasion.

Mais mercredi, le bureau du gouverneur général a fait savoir qu'il n'avait rien à annoncer pour l'instant.

«Une crise sévit et le gouvernement du jour ne prend pas les préoccupations des peuples autochtones au sérieux», a écrit le porte-parole de Mme Spence, Danny Metatawabin.

Dans le communiqué, il est de plus allégué que le gouvernement n'agit pas de bonne foi.

Le refus du gouverneur général d'assister à la rencontre est cité en exemple, mais aussi le dévoilement du rapport comptable sur les finances d'Attawapiskat — qui a révélé un manque flagrant de pièces justificatives pour les dépenses financées par les fonds publics — à quelques jours de la rencontre prévue. Ce geste a «donné le ton», croit la nation d'Attawapiskat.

L'Assemblée des Première Nations devait faire connaître ses attentes et objectifs pour la réunion de travail lors d'une conférence de presse prévue mercredi après-midi.

Celle-ci a été annulée à la dernière minute, la décision de la chef Spence ayant peut-être pris par surprise l'APN, qui n'avait pas formulé pareille exigence quant à la présence du gouverneur général. Illustrant peut-être un autre manque de communication, l'Assemblée avait initialement requis une rencontre avec le premier ministre pour le 24 janvier, pour se faire dire le lendemain par la chef Spence qu'elle ne pourrait tenir sans manger jusqu'à cette date et que la rencontre devait avoir lieu avant.

Mercredi, le chef national de l'APN, Shawn Atleo, a indiqué dans un communiqué que les discussions entre les nations se poursuivaient pour se préparer pour la réunion. Il y était aussi question de développer des attentes claires et des critères pour évaluer les résultats de la rencontre à la lumière des priorités des Premières Nations.

Stephen Harper avait fait savoir que la réunion de travail serait axée sur deux domaines découlant de la rencontre du 24 janvier 2012: les relations fondées sur les traités et les droits des peuples autochtones, ainsi que le développement économique. Le ministre des Affaires autochtones, John Duncan, sera aussi présent.

Il avait alors indiqué que c'est l'APN qui devait déterminer qui ferait partie de la délégation. Il n'avait pas exclu que la chef Spence y soit, mais l'APN n'a pas encore dévoilé quels chefs allaient y participer.

La frustration des Premières Nations s'est fait sentir depuis des semaines un peu partout au pays. Des manifestations ont eu lieu et des voies ferroviaires ont été bloquées temporairement.

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