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09/01/2013 12:35 EST | Actualisé 11/03/2013 05:12 EDT

Tentes arrachées et mares d'eau dans le camp de réfugiés syriens en Jordanie

"C'est comme si les tentes flottaient dans la mer". Dans leur camp transformé en terrain de boue par les pluies diluviennes, les réfugiés syriens dans le désert jordanien crient leur frustration, certains regrettant même leur fuite de Syrie.

"La situation est devenue absolument intolérable après trois jours de pluies torrentielles", déclare à l'AFP Youssef Hariri, 38 ans, devant sa tente détruite par l'eau et le vent dans le camp de réfugiés de Zaatari, dans le nord de la Jordanie.

Avec ses quatre enfants, il attend dans la boue et le froid de pouvoir trouver une nouvelle tente dans ce camp de 7 km carrés qui accueille quelque 62.000 réfugiés ayant fui la guerre en Syrie.

"La tente de ma soeur a été aussi endommagée. Avec ses cinq enfants elle cherche avec nous une nouvelle tente. Même les animaux ne vivent pas dans ces conditions", lance ce réfugié syrien.

Comme dans plusieurs pays du Moyen-Orient, le royaume jordanien est frappé depuis dimanche par une violente tempête avec des pluies diluviennes qui ont provoqué des inondations et le chaos sur les routes du pays.

Situé à la frontière syrienne, le camp de Zaatari s'est transformé en terrain de boue et les conditions de vie des réfugiés, déjà misérables dans leur pays, se dégradent encore.

Le camp de Zaatari est presque entièrement inondé. Des hommes et des femmes creusent de petits tunnels autour de leurs tentes pour empêcher l'eau d'y entrer.

"On nous a demandé d'être patients. Comment des enfants peuvent-ils être patients? Ils ont besoin de couvertures pour se sentir au chaud. Personne ne pense à nous. Nous aurions dû rester en Syrie", s'élève M. Hariri, les habits complètement mouillés, après avoir fui Deraa voilà quatre mois.

Selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés, le mauvais temps a détruit ces deux derniers jours 500 des quelque 4.500 tentes à Zaatari. Le HCR a dit travailler avec le gouvernement pour loger les réfugiés dans les caravanes à Zaatari, qui en dispose de 4.000.

"Chacun de nous a reçu deux couvertures légères. Qu'est ce qu'on en fait ? Le vent violent a presque arraché notre tente", proteste Sabha en colère.

"Chaque responsable auprès duquel nous nous sommes plaints nous a dit +cela ne me regarde pas+. C'est trop ! Ou pouvons-nous aller ?", ajoute cette sexagénaire.

La Jordanie accueille plus de 290.000 Syriens, alors que des centaines continuent de traverser tous les jours la frontière syrienne pour fuir les combats entre les troupes du régime de Bachar al-Assad et les rebelles.

Depuis son ouverture en juillet dernier, les réfugiés se plaignent tout le temps des mauvaises conditions de vie dans le camp de Zaatari.

"Nous nous noyons. Nous ne pouvons ni dormir, ni manger. Nous ne pouvons rien faire pour changer cela. Je crains que la situation n'empire", dit Hussein Hourani, 42 ans, en tentant d'élever avec des pierres sa tente pour éviter l'eau.

Sa femme est encore plus en colère: "On nous a laissé tomber. Tous les Arabes nous ont laissé tomber et nous ont jetés dans le désert. Nous sommes choqués et tristes".

Non loin de là, Abdelmajid Mohammad marche dans la boue, la tête couverte d'une couverture.

"J'ai peur que l'un de mes fils meurt dans ce froid glacial. Je me sens coupable d'avoir quitté la Syrie et d'être venu ici où nous sommes humiliés 24 heures par jour", dit-il.

"Au moins en Syrie, nous mourrons chez nous et rapidement. Ici la mort est très lente. Regardez autour de vous, c'est comme si les tentes flottaient dans la mer".

Mohammad Hamed, 30 ans, est d'accord. Lui et sa femme ont posé leurs affaires dans la tente de son frère. "Notre tente a été détruite. Nous ne savons pas quoi faire. Nous avons besoin d'une aide d'urgence. Si la situation ne change pas, nos enfants vont mourir!"

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