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09/01/2013 01:41 EST | Actualisé 11/03/2013 05:12 EDT

Le sauvetage de Chypre risque d'occuper la zone euro pendant plusieurs mois

La zone euro commence l'année avec le dossier complexe de l'aide à Chypre mais une décision semble impossible fin janvier, comme prévu, car les besoins du pays sont encore mal connus et le calendrier politique est défavorable, selon des responsables européens.

Le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn et le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, s'étaient prononcés fin 2012 en faveur d'une décision durant la prochaine réunion des ministres des Finances de la zone euro, le 21 janvier.

Cette réunion ne sera "pas conclusive" sur l'aide à Chypre, a averti mercredi un diplomate européen sous couvert de l'anonymat, pour qui il faudra "plusieurs réunions pour aboutir".

La décision ne sera probablement pas prise non plus en février, a estimé un de ses collègues interrogé par l'AFP, tandis qu'un troisième évoquait la possibilité que le dossier mette "plusieurs mois" à se régler.

Chypre, dont les finances sont plombées par l'exposition de ses banques à la dette grecque, a sollicité un plan de sauvetage en juin et est toujours en négociation avec la troïka formée par le Fonds monétaire international (FMI), l'Union européenne et la Banque centrale européenne (BCE).

"Il ne peut y avoir de conditions particulières pour Chypre", a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, rappelant qu'il y a "des règles générales en Europe. Nous sommes encore loin d'avoir fini les discussions".

Chypre avait estimé avoir besoin de 17 milliards d'euros sur quatre ans, dont 10 milliards pour renflouer les banques.

L'une des premières tâches des ministres consistera à évaluer les besoins financiers réels de l'île. Une aide de 17 mds EUR équivaut au PIB du pays. Cela signifie que la dette risque d'atteindre 200% du PIB, ce qui "n'est pas soutenable", explique un responsable. En revanche, "si les besoins sont en fait de 10 mds EUR, cela fait une différence".

Le caractère urgent d'une telle aide est aussi en question, selon la même source qui rappelle que les autorités chypriotes avaient d'abord dit que le pays ne tiendrait pas financièrement au-delà de 2012, avant de parler de mars 2013.

Mais d'autres questions doivent aussi trouver une réponse. "Parmi les éléments du dossier chypriote, il y a le fait que le secteur bancaire représente 800% du PIB. Il y a aussi une dimension russe et une dimension de blanchiment d'argent", selon un autre diplomate.

"C'est un peu un scénario à l'islandaise", dit son collègue, en référence à la crise financière en Islande en 2008, car il s'agit d'"un petit pays où les activités des centres financiers offshore représentent plusieurs fois le PIB".

La Russie, qui a des liens économiques et culturels étroits avec Chypre, a accordé à Nicosie un prêt de 2,5 mds EUR en 2012. L'île a sollicité en août 5 mds supplémentaires, mais Moscou ne semble pas pressé de voler à son secours.

Quant au problème du blanchiment, il va devoir trouver une solution qui passera par "des engagements" du gouvernement chypriote, selon les responsables.

Or, "la période électorale ne s'y prête pas", souligne l'un d'eux. La présidentielle est prévue en février à Chypre et des responsables européens jugent qu'il vaut mieux attendre son issue. La Troïka essaie de négocier des privatisations, auxquelles le président actuel Demetris Christofias, qui ne se représente pas, est opposé.

A Nicosie, le porte-parole du gouvernement, Stefanos Stefanou, a déclaré devant les journalistes que son pays avait été "plusieurs fois accusé d'être un paradis fiscal où prévaut le blanchiment d'argent". Mais "nous avons défendu notre position, documents à l'appui, devant d'importantes organisations, tel le Conseil de l'Europe, qui ont donné l'année dernière à Chypre une très bonne note pour l'adoption et l'application du droit international et européen".

Le ministre chypriote des Finances Vassos Shiarly a prévu une rencontre jeudi avec des diplomates européens pour dissiper leurs interrogations sur la soutenabilité de la dette, la lutte contre le blanchiment et la coopération fiscale.

"Les paramètres sont encore très mouvants", même si au final un plan d'aide ne fait aucun doute, ne serait-ce que pour "éviter les risques de contagion", résume un responsable.

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