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09/01/2013 10:30 EST | Actualisé 11/03/2013 05:12 EDT

Haïti: 3 ans après le séisme, le "village de la renaissance" n'est pas fini

Sur un site ouvert aux vents et dévoré par le soleil près de Port-au-Prince, des constructions s'alignent dans ce qui devait être le "village de la renaissance" pour des sans-abris du séisme du 12 janvier 2010, qui a tué 250.000 Haïtiens et en a déplacé 1,5 million.

Près de 4.000 maisons doivent être construites sur la vaste plaine de Morne à Cabris, située à une vingtaine de kilomètres au nord-est de la capitale Port-au-Prince. L'endroit est poussiéreux et totalement déboisé comme les mornes qui l'entourent, où paissent des chèvres.

Trois ans après la catastrophe, plus de 360.000 Haïtiens vivent encore dans des abris de fortune en Haïti. D'autres sont retournés gonfler les bidonvilles déjà surpeuplés des quartiers pauvres de la capitale.

"Les constructions du village de la renaissance ont commencé en 2011, mais cela prendra encore cinq ans pour tout achever. Les travaux vont lentement. Il n'y a pas de supervision par l'Etat", déplore Pierre Marcelin Noël, un ouvrier qui travaille sur le chantier.

La tête plongée dans une bible, le jeune haïtien en dédie un passage au président Michel Martelly et aux hommes politiques haïtiens: "Ils doivent travailler ensemble pour la paix et pour le pays", lance-t-il après avoir écouté ses camarades raconter les nombreuses péripéties du projet.

"C'est une savane désolée. Pour ériger les maisons, il faut poser des fondations très solides car le sol est friable", explique Jean Raymond Taylor, un contre-maître haïtien qui travaille pour des ingénieurs dominicains et colombiens.

"Ici, il y a des écoles dont nous venons d'achever les structures. Là, il y aura des usines, des espaces de loisirs", énumère-t-il avec fierté. Jean Raymond Taylor, comme la plupart des ouvriers, est un Haïtien venu directement de la République dominicaine pour ce chantier.

"J'ai travaillé pendant onze ans dans la construction en République dominicaine, je sais comment cela se passe normalement. Mais ici, non seulement nous sommes sous-payés, mais les responsables du chantier font ce qu'ils veulent", dénonce Dieubon, un colosse de 31 ans qui se dit malgré tout fier de travailler "pour la première fois" en Haïti.

Il critique l'absence totale des autorités haïtiennes, qui ont confié l'exécution du contrat à une société dominicaine.

"Les Haïtiens devraient être présents, le ministère des Travaux publics devrait superviser le travail. Comment voulez-vous qu'on construise des toilettes face à une cuisine", déplore-t-il.

Les maisons de 10 mètres carrés sont rangées en lignes droites sur le terrain encore en friche.

Les infrastructures pour passer les lignes électriques sont installées, des conduits pour l'eau et des morceaux d'asphalte ont été construits sur une partie du village, mais les logements sont loin d'être finis.

"Le président Martelly avait réclamé 1.000 maisons en une année. Nous en avons réalisé 1.250" en trois ans, note Joachim.

Il croit que les gens seront bien ici. "Ca va être une belle communauté. Les résidents auront tout. Centre de santé, commissariat de police, corps de pompier. En plus, des riches commencent à acheter des terrains dans la zone. Cela va être un grand quartier", rêve-t-il.

Joachim salue aussi le fait que les maisons soient "garanties antisismiques et anticycloniques".

Moins enthousiaste, Dieubon tempère: "Les maisons sont trop petites. Comment vont vivre des familles de 6 personnes en moyenne dans des chambres de 2,5 mètres carrés ?", se demande-t-il.

cre/are

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