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08/01/2013 05:10 EST | Actualisé 09/03/2013 05:12 EST

Tunisie: un comique connu devant la police pour un doigt d'honneur à la télé

Un célèbre comique tunisien, Lotfi Abdelli, a été convoqué mardi par les forces de l'ordre pour avoir brandi un doigt d'honneur en présence d'un ministre à la télévision en octobre, alors que les islamistes au pouvoir sont accusés de s'en prendre à la liberté d'expression.

M. Abdelli, un comédien très populaire en Tunisie et critique à l'égard du gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda, a indiqué avoir été convoqué par la direction générale des enquête de la Garde Nationale à L'Aouina, en banlieue de Tunis.

"C'est le groupe chargé aussi d'enquêter sur les grandes affaires d'Etat, ce n'est pas de la blague (...) c'est la grosse armada", a-t-il indiqué par téléphone à l'AFP quelques minutes avant le début de l'interrogatoire.

"Ca me fait rire car je n'ai pour seule arme que l'humour et la dérision", a-t-il ajouté.

Lotfi Abdelli doit être interrogé dans le cadre d'une plainte déposée contre lui pour avoir brandi le 21 octobre à la télévision un doigt d'honneur en présence du ministre des droits de l'Homme, Samir Dilou, qui, en colère, avait alors quitté le plateau.

Tournant en dérision cette affaire, le comédien présente désormais M. Dilou comme le "ministre du doigt de l'homme".

M. Abdelli a par ailleurs indiqué ne pas savoir encore quelles poursuites pourraient être engagées contre lui.

Le comédien n'en est pas à son premier coup d'éclat. La police a ainsi longtemps refusé d'assurer la sécurité de ses spectacles pour protester contre des propos qu'elle jugeait insultants à son égard.

Le comédien a aussi été la cible d'un groupuscule de la mouvance radicale salafiste qui a empêché en août la tenue d'une représentation dans le nord du pays. L'enquête n'a donné aucun résultat selon lui.

"Ils sont tous tranquilles, en liberté", a-t-il indiqué à l'AFP.

Les islamistes d'Ennahda sont régulièrement accusés par la société civile de s'en prendre à la liberté d'expression. Des ONG et opposants estiment aussi qu'ils tentent d'orchestrer une islamisation rampante de la société et les accusent de complaisance à l'égard des militants radicaux.

alf/sw