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07/01/2013 04:17 EST | Actualisé 08/03/2013 05:12 EST

Dans un camp de réfugiés syriens, des échoppes pour un semblant de normalité

Sous les tentes de Zaatari, un vaste camp de réfugiés syriens en Jordanie installé dans le désert depuis six mois, échoppes et boutiques en tous genres ont commencé à fleurir, assurant un semblant de vie normale aux réfugiés.

Le camp accueille sur 7 km2 plus de 62.000 Syriens ayant fui le conflit dans leur pays.

Ils dépendent de l'aide internationale et de leurs maigres économies. Nombre d'entre eux ont transformé leur abri en petit commerce -restaurant, boulangerie, épicerie, barbier ou café-, faisant fi des rudes conditions de vie du camp, auquel ils insufflent un peu de vie.

D'autres vendent à la sauvette des téléphones portables, récepteurs satellite ou vêtements.

"Mon ami a été le premier à transformer sa tente en café il y a quelques mois. Je la lui ai rachetée quand il est rentré en Syrie, pour 270 dinars (290 euros)", explique Mohammad, 28 ans, tout en servant ses clients.

"Les gens viennent ici fumer la 'chicha' (narguilé), boire du café ou du thé, pour tuer le temps et oublier leurs malheurs. En même temps, je gagne de l'argent. Grâce à Dieu, je ne m'en sors pas trop mal", dit-il à l'AFP.

Certaines échoppes sont baptisées "Révolution" ou "Liberté" en l'honneur du soulèvement contre le régime qui a démarré en mars 2011, et fait depuis au moins 60.000 morts selon les Nations Unies.

"Aujourd'hui je vends des légumes. Parfois, j'ai des fruits", indique Waël Jaber, 26 ans, assis entre des caisses de tomates, citrons ou pommes de terres.

"Personne n'apprécie de vivre dans cet endroit misérable, mais nous n'avons pas le choix. Je ne pouvais pas rester là à attendre l'inconnu", explique le jeune homme, qui a fui son village du sud de Damas, il y a deux mois.

Depuis l'ouverture du camp en juillet, à 15 km de la ville de Mafraq dans le nord de la Jordanie, la police y est intervenue à plusieurs reprises pour disperser des manifestations contre les conditions de vie, notamment le manque d'électricité.

Des écoles y ont ouvert, mais cela n'empêche pas les enfants de travailler dans le marché du camp.

"Je vends des cigarettes importées en contrebande de Syrie", indique Diab, 12 ans, qui a arrêté l'école, "inutile".

"Mon père ne travaille pas et je veux gagner de l'argent", ajoute-il, assurant avoir gagné 1.000 livres syriennes (10 euros) ce jour là.

Son ami Ahmad, 15 ans, est affairé à vendre des recharges pour téléphones mobiles. "A la fin de la journée, je donne tout ce que je gagne à mon père pour qu'il achète ce dont on a besoin", dit l'adolescent indiquant vivre avec une famille de sept personnes.

Chaque jour, des centaines de Syriens traversent la frontière vers la Jordanie, pour fuir les combats entre les troupes loyales au président syrien Bachar al-Assad et les forces rebelles.

Selon Anmar al-Hammoud, responsable du dossier des réfugiés syriens pour le gouvernement, environ 8.835 d'entre eux sont arrivés dans le royaume depuis le 1er janvier 2013.

"Il y a eu un peu de tout et de n'importe quoi dans ces commerces du camp, ainsi que des pratiques illégales et des problèmes liés au travail des enfants. Mais cela va s'organiser avec le temps", a indiqué M. Hammoud à l'AFP ajoutant que "de nombreux réfugiés revendent des choses qui leur ont été données par des ONG".

Mais les échoppes sont une lueur d'espoir pour certains réfugiés.

"Le marché du camp me distrait. Je passe le plus clair de mon temps à m'y promener", raconte Bachir Souleimane, un fonctionnaire qui a fui la capitale syrienne il y a trois mois.

"Cela me rappelle d'une certaine façon les rues animées de Damas, et parfois cela m'attriste. Mais c'est sûr, les boutiques sont une bouffée d'air dans ce désert".

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