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04/01/2013 02:19 EST | Actualisé 06/03/2013 05:12 EST

Irak: le politicien chiite Moqtada al-Sadr tend la main aux minorités

BAGDAD - Le dirigeant islamiste chiite Moqtada al-Sadr a tendu la main aux minorités religieuses d'Irak vendredi, en visitant une église de Bagdad visée par une attaque meurtrière en 2010 ainsi qu'une célèbre mosquée sunnite.

La visite du politicien antiaméricain dans ces lieux religieux, qui marque une rare apparition publique de Moqtada al-Sadr hors des régions majoritairement chiites d'Irak, est survenue alors que des dizaines de milliers de sunnites manifestaient contre le gouvernement du premier ministre Nouri Al-Maliki, estimant être traités comme des citoyens de seconde classe.

Les manifestations de vendredi ont débordé de la province sunnite d'Anbar, lieu d'importants rassemblements depuis deux semaines, et se sont propagées dans des communautés sunnites du nord et de l'ouest de l'Irak. Le slogan «À bas le gouvernement de Maliki!» a résonné dans les rues de Mossoul, dans le nord, tandis qu'à Bagdad, où des manifestants ont accusé le premier ministre d'être un menteur.

Le gouvernement a tenté d'apaiser la colère des sunnites en acceptant cette semaine de libérer certains détenus, cédant en partie à l'une des demandes des manifestants. Mais le geste n'a apparemment pas permis de contenir leur colère.

Dans un communiqué publié vendredi, le premier ministre a demandé aux forces de sécurité de faire preuve de retenue face aux manifestants. Il a aussi appelé les manifestants à éviter les actes de désobéissance civile et les a prévenus contre les «mains étrangères» qui veulent selon lui replonger l'Irak dans les conflits intercommunautaires.

Moqtada al-Sadr, qui a exprimé son soutien envers les manifestants sunnites, semble vouloir tirer profit de l'agitation politique en tentant de se présenter comme une personnalité unificatrice, à l'approche des élections provinciales du printemps. Cette semaine, il s'est porté à la défense du droit des sunnites de manifester et il y a encore fait référence vendredi.

«Nous soutenons les demandes du peuple, mais je lui demande de protéger l'unité de l'Irak», a-t-il dit.

Vêtu de son habituelle cape noire et d'un turban, il a déclaré avoir visité l'église Notre-Dame-du-Salut de Bagdad pour exprimer sa peine face à l'attaque de 2010 et envoyer un message à la communauté chrétienne d'Irak, qui compterait de 400 000 à 600 000 membres.

Assis tranquillement dans la première rangée de bancs, il a écouté le père Ayssar al-Yas lui parler des récentes rénovations dans l'église. Le prêtre lui a ensuite fait visiter l'église et lui a montré les endroits où des prêtres et des fidèles ont été tués durant une messe en 2010. Plus de 50 personnes avaient péri dans l'attaque, attribuée à des extrémistes sunnites.

Un peu plus tard, le convoi lourdement protégé de Moqtada al-Sadr s'est rendu à la mosquée Abdul-Qadir al-Gailani, l'un des lieux de culte sunnites les plus connus de Bagdad, pour la grande prière du vendredi midi.

Quand il est entré dans la mosquée, un fidèle a déclaré qu'il était «l'unificateur des sunnites et des chiites». Un autre l'a qualifié de «patriote».