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02/01/2013 10:06 EST | Actualisé 04/03/2013 05:12 EST

La guerre en Syrie a fait plus de 60 000 morts, selon le bilan de l'ONU

BEYROUTH - Les Nations unies ont estimé mercredi que plus de 60 000 personnes avaient été tuées depuis le début du soulèvement en Syrie, en mars 2011, un bilan plus élevé que celui avancé par les militants de l'opposition. La responsable des droits de la personne à l'ONU a estimé qu'il s'agissait d'un bilan «vraiment bouleversant».

Les groupes de l'opposition syrienne avaient établi un bilan de plus de 45 000 morts, et c'est la première fois que l'estimation de l'ONU est plus élevée.

L'analyse de l'ONU montre que le bilan mensuel des victimes augmente constamment depuis le début du conflit. Les experts indépendants ont comparé 147 349 meurtres recensés par sept sources différentes, dont le gouvernement syrien, pour cette étude commandée par le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.

En retirant les doublons, les analystes indépendant ont établi une liste de 59 648 personnes tuées entre le début du soulèvement, le 15 mars 2011, et le 30 novembre 2012. Dans chaque cas, le nom et le prénom de la victime, ainsi que la date et le lieu de sa mort, ont été compilés.

Le bilan réel est probablement plus élevé parce que les rapports contenant des informations incomplètes ont été exclus et qu'un nombre significatif de meurtres pourrait ne pas avoir été recensé du tout par les sources disponibles.

Le bilan établi par les Nations unies comprend autant des soldats gouvernementaux que des rebelles et des civils. La majorité des victimes ont été recensées à Homs, dans les banlieues de Damas, à Idlib, Alep, Daraa et Hama. Les trois quarts des victimes sont de sexe masculin.

«Compte tenu du fait qu'il n'y a pas eu de répit dans le conflit depuis la fin du mois de novembre, nous pouvons en déduire que plus de 60 000 personnes ont été tuées», a déclaré la Haute commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Navi Pillay. «Le nombre de victimes est beaucoup plus élevé que ce que nous pensions, et c'est vraiment bouleversant», a-t-elle ajouté.

«L'incapacité de la communauté internationale, et en particulier du Conseil de sécurité, a prendre des mesures concrètes pour faire cesser le bain de sang est une honte pour nous tous», a dit Mme Pillay. «Collectivement, nous avons laissé traîner les choses pendant que la Syrie brûlait.»

L'agence de l'ONU pour les réfugiés estime par ailleurs que 84 000 Syriens ont fui le pays durant le seul mois de décembre, portant le total des réfugiés syriens dans les pays de la région à environ un demi million. Les déplacés intérieurs seraient encore plus nombreux.

Frappe meurtrière

Mercredi, une frappe de l'aviation syrienne contre une station-service d'une banlieue de Damas a encore fait grimper le bilan des victimes de la guerre civile en Syrie. Selon des militants antigouvernementaux, des dizaines de personnes ont été tuées et blessées par la frappe, qui a provoqué un gigantesque incendie laissant dans son sillage des corps déchiquetés. Il pourrait s'agir de l'une des attaques les plus meurtrières depuis des semaines en Syrie.

Selon Mohamed Saeed, un opposant qui s'est rendu sur les lieux de la frappe à Mleiha, un missile s'est abattu sur la station-service alors que des automobilistes faisaient la file dans leur véhicule pour s'approvisionner en essence. La Syrie fait face à une pénurie d'essence et les citoyens doivent souvent patienter pendant des heures pour en obtenir.

Dans le nord du pays, des combattants rebelles ont affronté les troupes gouvernementales près d'au moins trois aéroports, dans le cadre de leur offensive pour perturber la puissance aérienne du régime.

Plusieurs groupes rebelles, dont Jabhat al-Nusra, un groupe islamiste extrémiste, ont attaqué une base d'hélicoptères près du village de Taftanaz, dans la province d'Idlib. Dans des vidéos diffusées sur Internet, on peut voir des rebelles attaquer des cibles avec des mitrailleuses lourdes juchées sur des camionnettes.

Les vidéos semblent authentiques et correspondent aux informations obtenues d'autres sources par l'Associated Press.

Les rebelles ont aussi affronté l'armée près de l'aéroport de Mannagh, dans la province d'Alep, de même qu'à l'aéroport international d'Alep, paralysant le trafic aérien pour le deuxième jour consécutif, selon des militants de l'opposition.

Par ailleurs, la famille du journaliste américain James Foley a révélé mercredi qu'il était disparu en Syrie depuis plus d'un mois. Il fournissait des reportages vidéo à l'Agence France-Presse (AFP) et sa famille pense qu'il a été enlevé par des hommes armés inconnus à la fin du mois de novembre. Ses proches réclament sa libération.

«James est un journaliste professionnel qui est resté totalement neutre dans ce conflit», a déclaré le président de l'AFP, Emmanuel Hoog, dans un communiqué. «Ses ravisseurs, qui qu'ils soient, doivent le libérer immédiatement.»

Couvrir le conflit en Syrie est un défi particulièrement difficile pour les journalistes. Le gouvernement leur accorde rarement des visas, poussant certains d'entre eux à se glisser dans les rangs des rebelles, souvent au péril de leur sécurité.