NOUVELLES
28/12/2012 10:02 EST | Actualisé 27/02/2013 05:12 EST

Irak: 6e jour de manifestations contre Maliki dans l'ouest sunnite

Plusieurs milliers d'habitants de la province à majorité sunnite d'Anbar bloquaient vendredi, pour le sixième jour consécutif, une importante autoroute à l'ouest de Bagdad pour réclamer la démission du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki.

Accusé par ses détracteurs d'être derrière une série d'arrestations politiquement motivées, M. Maliki a jugé pour sa part "inacceptable" que les manifestants aient recours à de tels moyens pour exprimer leur colère.

De très importantes manifestations ont lieu depuis dimanche dans les provinces de Ninive et de Salaheddine (au nord de Bagdad) à majorité sunnite, mais c'est dans celle d'Anbar (à l'ouest de Bagdad) qu'elles ont mobilisé le plus de monde.

Elles ont débuté à la suite de l'arrestation, le 20 décembre, pour "terrorisme" d'au moins neuf gardes du ministre des Finances Rifaa al-Issawi, un sunnite.

A Ramadi, chef-lieu de la province d'Anbar à une centaine de km à l'ouest de Bagdad, les manifestants bloquent une autoroute qui se scinde en deux branches pour relier Bagdad à la Jordanie et à la Syrie.

Ils ont appelé vendredi à la libération des prisonniers qui ont été arrêtés, selon eux, sur des motifs confessionnels par le pouvoir, dominé par les chiites. Certains brandissaient des banderoles appelant au départ de M. Maliki.

"Les Irakiens sont unis", indiquait un communiqué diffusé par l'un des groupes organisateurs de la manifestation, la Coordination des comités de la révolution.

"Ils n'ont pas besoin d'une conférence de réconciliation supervisée par un Premier ministre sectaire", ajoute le texte, en référence à une proposition de M. Maliki de réunir les différents acteurs de la crise pour tenter d'y trouver une issue.

L'armée a empêché les journalistes basés à Bagdad d'entrer dans la province d'Anbar, retenant des équipes de reporters notamment de l'AFP plus de cinq heures à un barrage entre Bagdad et Ramadi. L'armée leur a confisqué leurs badges de presse, leur promettant de les leur rendre seulement s'ils retournaient dans la capitale.

Dans un discours à Bagdad, M. Maliki a jugé que "bloquer des routes et susciter un conflit confessionnel" est "inacceptable".

Il vaut mieux "que nous parlions et que nous nous mettions d'accord (...) pour mettre fin à nos problèmes et à nos différences", a-t-il ajouté.

Vendredi dernier, il avait exprimé son "étonnement" face au lien établi entre "l'affaire des détenus" et les "querelles politiques", évoquant une tentative de "pousser tout le pays vers un conflit confessionnel".

Membre du bloc laïque Iraqiya soutenu par la communauté sunnite, le ministre des Finances Rifaa al-Issawi avait réclamé la semaine dernière la démission de M. Maliki après avoir fait état de l'arrestation de plusieurs de ses gardes.

Le bloc Iraqiya et d'autres membres du fragile gouvernement d'union de M. Maliki accusent depuis plus d'un an le Premier ministre d'accaparer le pouvoir.

L'arrestation des gardes de M. Issawi intervient un an après celle de gardes du vice-président Tarek al-Hachémi, membre d'Iraqiya, également accusés de "terrorisme". Plusieurs d'entre eux ont depuis été condamnés à mort.

Un mandat d'arrêt a également été émis contre M. Hachémi, qui s'est enfui à l'étranger. Plusieurs fois condamné à mort par contumace, il rejette toutes les accusations portées contre lui --notamment de meurtre--, assurant qu'elles ont été montées de toutes pièces pour des raisons politiques.

Les tensions confessionnelles sont toujours importantes en Irak, théâtre en 2006-2007 d'une vague de violences qui avaient fait des dizaines de milliers de morts.

bur-psr/wd/vl/sw