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28/12/2012 04:28 EST | Actualisé 26/02/2013 05:12 EST

A la frontière syro-turque, les rebelles déminent pour protéger les réfugiés

Armé d'un détecteur de métaux rudimentaire, l'ingénieur Abou Baeda arpente la frontière syro-turque sans relâche. La mission de ce rebelle: éviter que les mines antipersonnels ne continuent de faire de ravages parmi les Syriens qui fuient les violences.

Samer Mohammed al-Ater a perdu une jambe il y a près de trois mois. Comme beaucoup d'habitants du nord syrien, il avait trouvé refuge en Turquie pour se protéger des combats.

Un jour qu'il traversait, clandestinement, la frontière dans l'autre sens pour apporter de la nourriture à son village de Khirbet al-Joz, dans la province d'Idleb, il a été victimes de l'une de ces mines posées, selon les rebelles, par l'armée.

"Nous avons passé les barbelés et nous avons marché près de 200 mètres sur une petite route. La météo était mauvaise et il y avait de la boue. Soudain, j'ai ressenti quelque chose et j'ai été projeté en arrière", raconte le jeune homme, qui porte toujours un imposant bandage sur sa jambe, amputée au-dessus du genou.

"Quand la mine a explosé, un éclat a touché celui qui marchait derrière moi, il a perdu un oeil", ajoute-t-il. Soigné dans un hôpital en Turquie, il est depuis revenu vivre dans son village de Khirbet al-Joz.

La zone est désormais contrôlée par les rebelles, et nombre de combattants et d'habitants traversent chaque jour la frontière, clandestinement ou non.

Pour éviter que d'autres civils ne fassent les frais des mines, les rebelles ont chargé Abou Baeda, ancien ingénieur militaire qui a déserté l'armée régulière, de parcourir les vergers qui bordent la frontière.

Son détecteur est rudimentaire, mais il a déjà permis d'extraire près de 450 mines non-explosées. Et il y en a encore beaucoup, dit-il à l'AFP.

"Ici, on a une mine prête à exploser. Elle a été déposée au coeur d'une ferme d'oliviers dans la région de Khirbet al-Joz. Quand les réfugiés traversent la frontière, l'explosion leur coupe les jambes", explique Abou Baeda, membre de la brigade rebelle Kaws al-Naser.

D'après Abdelwahed Wahoud, commandant d'une brigade rebelle de l'Armée syrienne libre (ASL) à Khirbet al-Joz, le régime a miné la frontière pour empêcher les Syriens de se réfugier en Turquie, malgré un conflit qui a déjà fait plus de 45.000 morts en 21 mois.

"C'est l'armée de Bachar al-Assad qui a posé ces mines dans ces régions. Ils les ont plantées il y a plus d'un an, le long de la frontière. Certaines ont été posées dans les fermes, d'autres près de la frontière avec la Turquie", explique-t-il à l'AFP.

A chaque fois qu'il trouve une mine, Abou Baeda observe le même rituel: il attache un sac rempli de pierres à une corde et le pose sur l'engin pour le faire exploser.

Mais les rebelles ne font exploser que les mines qu'ils ne peuvent pas déplacer et récupérer. Des centaines d'autres sont stockées dans une ancienne usine, où elles ne peuvent plus blesser les habitants.

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