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27/12/2012 04:13 EST | Actualisé 26/02/2013 05:12 EST

Pakistan: le fils de l'ex-première ministre Benazir Bhutto se lance en politique

ISLAMABAD - Le fils de l'ancienne première ministre pakistanaise Benazir Bhutto, âgé de 24 ans, a lancé sa carrière politique jeudi, avec un discours enflammé devant des milliers de partisans pour souligner le cinquième anniversaire de l'assassinat de sa mère.

Le discours de Bilawal Bhutto Zardari survient plusieurs mois avant les prochaines élections nationales au Pakistan. Il est trop jeune pour se porter candidat — l'âge minimal est de 25 ans —, mais il pourrait être une personnalité clé pour le Parti du peuple pakistanais au pouvoir. La popularité du parti a décliné depuis qu'il a accédé au pouvoir il y a près de cinq ans, alors que le pays fait face à des difficultés économiques et à l'insurrection sanglante des talibans.

Le jeune Bilawal est devenu le président du Parti du peuple pakistanais après l'assassinat de sa mère, mais il a surtout joué un rôle en coulisses jusqu'à maintenant, alors qu'il poursuivait ses études à l'université d'Oxford, au Royaume-Uni.

«Je veux vous dire que grâce à Dieu, il a complété ses études, mais que maintenant, c'est l'heure de l'entraînement pour lui», a déclaré son père, le président Asif Ali Zardrari, devant la foule réunie jeudi dans le village de Garhi Khuda Bakhsh, dans le sud de la province de Sindh, où se trouve le mausolée de la famille Bhutto. «Il doit étudier le Pakistan, il doit apprendre de vous et il doit travailler conformément à nos convictions», a-t-il ajouté.

La famille Bhutto a joué un rôle de premier plan dans la politique pakistanaise pendant une bonne partie des 65 ans d'histoire du pays. Le grand-père de Bilawal Bhutto Zardari, Zulfikar Ali Bhutto, a fondé le Parti du peuple pakistanais et a été président et premier ministre du pays dans les années 1970. Il est mort pendu en 1979, après le coup d'État du général Zia ul-Haq.

Benazir Bhutto a été deux fois première ministre dans les années 1980 et 1990, mais elle n'a jamais complété un mandat en entier. Ses gouvernements ont été démis les deux fois sous des allégations de corruption lancées par les présidents du pays, proches de la puissante armée. Elle a été tuée dans une fusillade et un attentat-suicide le 27 décembre 2007, peu après être revenue de son exil volontaire pour participer aux élections nationales.

Après sa mort, le parti du peuple pakistanais a profité d'une vague de sympathie pour remporter la majorité des sièges aux élections de 2008. Le mari de Mme Bhutto, Asif Ali Zardrari, a été élu président. Mais la popularité du parti et du président a diminué considérablement depuis, le gouvernement ayant échoué à résoudre des problèmes urgents comme les pannes d'électricité récurrentes et les difficultés économiques. Le gouvernement peine aussi à lutter contre les talibans pakistanais, qui ont tué des milliers de personnes dans des attaques à travers le pays.

Pour Rasul Bakhsh Raid, professeur de science politique à l'Université des sciences du management de Lahore, ce n'est pas une surprise que le Parti du peuple pakistanais ait lancé la carrière politique de Bilawal Bhutto Zardrari dans une tentative de renforcer sa popularité pour les prochaines élections, attendues en juin au plus tôt.

«C'est le Pakistan et ici, les dynasties politiques sont la norme», a expliqué M. Rais. «Bilawal est peut-être la seule carte qui reste dans le jeu du Parti du peuple pakistanais.»

Le jeune Bilawal et son père ont tous deux tenté jeudi de raviver les émotions de la foule en scandant «Longue vie à Bhutto» et «Bhutto est toujours vivante».

La plupart des partisans agitaient le drapeau rouge, noir et vert du parti et portaient des photos de Benazir Bhutto et de son père.

«Si vous tuez un Bhutto, des milliers d'autres Bhutto émergeront», a lancé Bilawal Bhutto Zardari.