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27/12/2012 04:40 EST | Actualisé 25/02/2013 05:12 EST

En Syrie, le marché noir des voitures, du carburant et des cigarettes

Voitures haut de gamme, carburant ou cigarettes: à Azaz, une localité frontalière du nord de la Syrie, le marché noir est florissant depuis le début du conflit en mars 2011 et pour quelque 5.000 dollars on peut s'acheter une BMW ou une Mercedes en parfait état.

"Tout est légal", assure Abou Ahmad, un ancien épicier d'Alep devenu vendeur de voitures.

"Les voitures viennent toutes de Suisse, où mon frère vend des voitures d'occasion", explique-t-il. Elles entrent en Syrie "chargées de couvertures, de médicaments et de nourriture pour les réfugiés à la frontière turque, dit-il.

"Avant la guerre, les seules voitures que nous pouvions acheter étaient de fabrication chinoise, russe ou coréenne", affirme Abou Mohammad Faid, un client venu avec deux cousins. Il choisit une BMW noire. "En temps de paix, une voiture comme celle-là coûtait environ 15.000 dollars, avec en plus un millier de dollars de taxes".

Les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) viennent aussi chez Abou Ahmad. Abou Tarek, capitaine de la brigade Al-Farouk, est venu choisir "trois véhicules pour pouvoir transporter nos hommes entre Idleb et Alep".

Mais selon Abou Ahmad, le trafic n'est pas très lucratif car la plupart des gens "n'ont même pas de quoi manger".

"La plupart des voitures, nous les vendons aux rebelles et nous devons leur faire un bon prix, et parfois même leur en faire cadeau", affirme-t-il.

Les affaires marchent nettement mieux pour Abou Ismaïl et son frère Hamid, qui ont installé une échoppe où ils vendent du carburant dans un bâtiment apparemment abandonné. Dans cette région où l'hiver peut être rude, le chauffage est une priorité.

"Nous achetons le diesel et l'essence au marché noir à Hama et Arraka, des zones sous contrôle de l'armée où il n'y a pas de pénurie. Les contrebandiers l'achètent au régime et nous le revendent à un prix considérablement plus élevé", explique Abou Ismaïl, ancien étudiant de philologie arabe.

"Nous achetons le pétrole à Deir Ezzor", une région de l'est du pays riche en hydrocarbures, ajoute-t-il. "Avec l'arrivée du froid, les gens ont commencé à utiliser leurs poêles à pétrole, nos stocks s'écoulent très vite".

Moustafa arrive avec son fils pour acheter du pétrole à 65 livres syriennes (0,95 dollar) le litre. "Avant nous utilisions du gasoil, mais c'est très cher. Nous devons à présent utiliser du pétrole, même si c'est mauvais pour les enfants (...) Mourir de froid est bien pire".

Les prix se sont envolés. "Avant la guerre le litre de diesel coûtait une vingtaine de livres (0,28 dollar), à présent il est à 200 livres (2,81 dollars). Et l'essence, qui auparavant coûtait 45 livres le litre (0,63 dollar), est aujourd'hui à 250 livres (3,52 dollars)", explique Abou Ismaïl.

Ceux qui n'ont plus les moyens de suivre "se chauffent avec des branches d'oliviers", ajoute-t-il.

"Nous gagnons facilement 20 dollars par baril (de diesel...) et cette semaine, nous n'arrêtons pas d'en acheter", reconnaît Hamid. "Le froid est très bon pour les affaires", même si "l'ASL prélève un impôt révolutionnaire de 100 livres (1,40 dollar) par baril".

Pour les cigarettes, c'est dans le quartier de Ban al-Nera à Alep qu'on peut trouver des montagnes de cartouches. "Beaucoup de gens ont perdu leur emploi depuis le début de la guerre et ont commencé à vendre des cigarettes", explique Abou Assad, marchand de cigarettes depuis 12 ans.

"Nous achetons les cigarettes en Irak, nous avons nos +fournisseurs+ (...). C'est meilleur marché (près de 10%) que les cigarettes achetées en Syrie ou en Turquie", affirme-t-il. Mais ce trafic rapporte seulement trois dollars par semaine, à peine de quoi nourrir sa famille.

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