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26/12/2012 05:32 EST | Actualisé 25/02/2013 05:12 EST

Un ministre syrien quitte le Liban à la hâte de crainte d'être arrêté

BEYROUTH - Le ministre syrien de l'Intérieur, blessé dans un attentat, a quitté à la hâte mercredi l'hôpital de Beyrouth où il était soigné, de crainte d'être arrêté après que des Libanais eurent demandé qu'il soit traduit en justice pour son rôle dans un massacre commis en 1986 par les troupes syriennes au Liban.

Dans un autre revers pour le président syrien, le commandant de sa police militaire a fait défection. Le déserteur, le major-général Abdul-Aziz Jassem al-Shallal, est l'un des plus hauts responsables du cercle rapproché de Bachar el-Assad à déserter les rangs de l'armée depuis le début du soulèvement en Syrie, en mars 2011.

M. Al-Shallal est apparu tard mardi soir dans une vidéo diffusée par la chaîne Al-Arabiya TV, en affirmant que l'armée avait été transformé en gang chargé de tuer et de détruire. Il a annoncé qu'il se joignait à la «révolution du peuple».

Sur le terrain, des bombardements des forces gouvernementales dans la province de Raqqa, dans le nord-est de la Syrie, ont tué au moins 20 personnes, dont huit enfants et trois femmes, a annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'homme mercredi. Les bombardements ont touché une zone agricole située près du village de Qahtaniyah.

Les rebelles ont par ailleurs lancé une attaque contre la base militaire Wadi Deif, dans la province d'Idlib, dans le nord du pays, selon des militants de l'opposition.

Le ministre de l'Intérieur Mohammed al-Shaar, blessé dans un attentat contre son ministère à Damas, a quitté l'hôpital de Beyrouth avant la fin de son traitement mercredi, et il est rentré en Syrie à bord d'un avion privé, ont indiqué des responsables de l'aéroport Rafik Hariri de Beyrouth.

M. Al-Shaar a été blessé le 12 décembre, quand un kamikaze a fait exploser son véhicule devant le ministère de l'Intérieur, faisant cinq morts et de nombreux blessés. Le ministre a été transporté au Liban pour y être soigné il y a une semaine.

Un haut responsable de la sécurité au Liban a déclaré à l'Associated Press que Mohammed al-Shaar avait quitté le Liban précipitamment après que les autorités eurent reçu des informations selon lesquelles des mandats d'arrêt internationaux pourraient être délivrés contre lui pour son rôle dans la répression des manifestations en Syrie.

Au cours de la dernière semaine, des responsables et des citoyens libanais avaient également appelé à l'arrestation de M. al-Shaar pour sa responsabilité dans le massacre de 1986 à Tripoli, dans le nord du Liban.

Dans les années 1980, Mohammed al-Shaar était un haut responsable du renseignement dans le nord du Liban quand des soldats syriens sont entrés à Tripoli et ont écrasé le Mouvement d'unification islamique, un groupe sunnite qui soutenait alors le dirigeant palestinien Yasser Arafat. Des centaines de personnes avaient été tuées dans les affrontements. Depuis, de nombreux résidants du nord du Liban qualifient M. al-Shaar de «boucher de Tripoli».

Le responsable libanais a indiqué que des citoyens libanais avaient aussi entrepris des démarches pour poursuivre Mohammed al-Shaar pour son rôle dans la domination militaire syrienne au Liban pendant des décennies.

M. Al-Shaar et d'autres responsables libanais figurent également sur une liste de personnes visées par des sanctions de l'Union européenne pour les violences contre les manifestants pro-démocratie en Syrie.

«Les autorités libanaises ont contacté les autorités syriennes et elles ont accéléré son départ», a précisé ce responsable. «Si de tels mandats d'arrestation avaient été délivrés, les autorités libanaises auraient dû l'arrêter et cela aurait pu être une source d'embarras pour le pays», a-t-il expliqué.

Les responsables libanais joints par l'Associated Press ont réclamé l'anonymat parce qu'ils n'étaient pas autorisés à s'adresser aux médias.

Le gouvernement syrien avait d'abord nié que M. al-Shaar ait été blessé dans l'attentat. Les journalistes ont ensuite appris qu'il avait été transporté à Beyrouth pour y être soigné.

C'est la deuxième fois que le ministre est blessé dans la guerre civile en Syrie. Il avait été blessé le 18 juillet, quand une bombe avait explosé lors d'une réunion de haut niveau à Damas, tuant quatre responsables.