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25/12/2012 04:34 EST | Actualisé 23/02/2013 05:12 EST

Abou Houdeifa, étudiant syrien devenu artificier du front jihadiste Al-Nosra

"Nous n'avons pas de lance-roquettes, mais je peux faire une bombe avec n'importe quoi", dit Abou Houdeifa, un étudiant de 24 ans qui a quitté l'université pour rejoindre les jihadistes combattant le régime du président Bachar al-Assad dans le nord syrien.

Montrant un antique lance-roquettes soviétique monté sur un pick-up, il lance: "Je connecte deux câbles à la batterie du véhicule et quand ils entrent en contact... Boum!".

Né à Marea, dans le nord d'Alep, Abou Houdeifa a rejoint le Front Al-Nosra, placé par Washington sur la liste des organisations terroristes.

"Je ne déteste pas les Etats-Unis ou l'Occident. Je veux seulement que (le président Bachar al-)Assad quitte mon pays et arrête de tuer les gens. C'est pour cela que j'ai rejoint Al-Nosra", dit-il à l'AFP.

"Grâce à Al-Nosra, nous allons gagner la guerre. Seul Al-Nosra est prêt à se battre jusqu'à la mort", lance-t-il.

Le Front al-Nosra, dont on ignore le nombre de combattants, serait directement lié, selon le Département d'Etat américain, à Al-Qaïda en Irak (AQI). Il a revendiqué des centaines d'attaques dont une quarantaine d'attentats suicide en Syrie et s'est imposé comme le fer de lance de la rébellion, au détriment de l'Armée syrienne libre (ASL) qui peine toujours à se structurer.

Pour son grand frère Ammar, qui combat aux côtés des rebelles dont il filme également les avancées, Abou Houdeifa "est beaucoup plus ouvert que tous les hommes du groupe. Ce n'est pas un radical. C'est juste un combattant, comme moi".

De quatre ans son aîné, il dit lui avoir tout appris.

Enfants, Abou Houdeifa et Ammar ont passé de longues heures à démonter puis remonter des voitures télécommandées et tous les jeux qui leur passaient entre les mains.

"J'ai toujours été bon en bricolage. Quand la machine à laver, le frigo de ma mère ou la voiture de mon père étaient en panne, je sortais ma caisse à outil et je commençais à travailler", dit le jeune homme à la courte barbe.

"Maintenant mon frère et moi, nous mettons notre talent au service de la guerre", dit-il fièrement, même s'il a perdu trois doigts quand l'une de ses bombes artisanales a explosé plus tôt que prévu.

"On a fabriqué des bombes à partir de rien, elles étaient télécommandées et on les a fait exploser aux passages de véhicules militaires", dit-il fièrement.

"On a aussi bourré des cocottes-minute d'explosifs. On les fait chauffer plusieurs heures puis on les pose sur la route. En explosant, elle envoie des éclats dans tous les sens".

"C'est très efficace, on a réussi à détruire pas mal de blindés comme ça", se félicite-t-il. Ses talents de bricoleur sont précieux pour les insurgés qui réclament à cor et à cri des armes à l'étranger pour faire face à la puissance de feu des troupes du régime de Damas.

Mais au-delà de son ingéniosité, Abou Houdeifa est mû par une profonde haine du régime syrien, notamment depuis la mort de la femme d'Ammar, fauchée par une roquette de l'armée qui s'est abattue sur la voiture où elle se trouvait.

"Je n'oublierai jamais la tête de mon frère quand il a appris que sa femme avait été tuée", se rappelle Abou Houdeifa.

Fuyant les violences, leurs parents ont trouvé refuge en Turquie. "Je veux ma vengeance. Je veux faire payer Assad pour la vie qu'endurent mes parents dans un camp de réfugiés de l'autre côté de la frontière. Ils meurent de froid", dit Abou Houdeifa.

"Je n'en peux plus de voir les enterrements de mes amis et de ma famille".

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