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23/12/2012 04:31 EST | Actualisé 22/02/2013 05:12 EST

Le référendum égyptien entaché par des fraudes électorales, dit l'opposition

LE CAIRE, Égypte - L'opposition égyptienne a affirmé dimanche qu'elle continuerait à s'opposer à la controversée constitution après que les Frères musulmans — le principal regroupement à soutenir cette charte — eurent annoncé que la constitution avait obtenu la faveur de 64 pour cent des électeurs.

Selon l'opposition, le référendum a été entaché par des fraudes électorales. Une enquête a ainsi été réclamée par les opposants à la constitution.

Cela laisse supposer que ce référendum ne mettra pas fin aux tensions sociales qui ont marqué le pays depuis la chute du président autoritaire Hosni Moubarak, survenue il y a deux ans.

De nombreux Égyptiens, surtout les dizaines de millions qui vivent dans des conditions d'extrême pauvreté, espéraient que la constitution puisse ouvrir la voie à une période de stabilité.

Les mois ayant mené à la tenue de ce référendum ont été marqués par d'intenses débats politiques, et parfois, à l'éclatement de bagarres dans les rues du pays.

Aucune manifestation d'envergure n'a cependant été remarquée après l'annonce des résultats non officiels, dimanche.

Au cours des derniers mois, la reprise des violences et les tensions politiques ont mis en péril encore davantage l'économie — déjà précaire — de l'Égypte. Le gouvernement a même dû mettre en veilleuse son projet d'emprunter au Fonds monétaire international en raison de l'instabilité sociale et politique du pays.

Le ministre des Finances a en outre annoncé dimanche que le déficit atteignait les 13 milliards $ pour la période de juillet à novembre, soit environ 4,5 pour cent de plus que pour la même période l'an dernier.

Les résultats officiels du référendum ne seront pas annoncés avant quelques jours. Si les résultats non officiels se confirment, il s'agira d'une importante victoire pour le président islamiste Mohammed Morsi, des Frères musulmans.

Le taux de participation a été faible, soit environ 30 pour cent. Le référendum a été tenu sur deux jours, le 15 et le 22 décembre.

Lors du premier tour, environ 56 pour cent des électeurs avaient dit «oui» à la nouvelle charte. Le taux de participation avait été de 32 pour cent.

Le parti des Frères musulmans, dont provient le président islamiste Mohammed Morsi, a prédit avec succès les résultats des élections par le passé en comptabilisant les résultats fournis par ses représentants dans les bureaux de vote.

Le passage de la constitution sera toutefois une épreuve de taille pour le parti du président Morsi. Les divisions que le projet a causées au cours du dernier mois ont fait disparaître tout espoir que la nouvelle constitution, attendue depuis longtemps, apporterait un consensus national sur la direction que doit prendre l'Égypte presque deux ans après s'être débarrassée de son leader autocrate Hosni Mubarak.

M. Morsi a plutôt désillusionné plusieurs non-islamistes qui l'avaient jadis appuyé et il est devenu plus dépendant de ses appuis de base chez les Frères musulmans et chez d'autres islamistes. Des partisans de la ligne dure dans son camp sont déterminés à mettre en place des provisions pour l'application plus stricte de la loi islamique, ce qui causera de nouvelles divisions.

L'opposition, libérale et séculaire, doit essayer d'organiser la portion importante de la population qui est fâchée par ce qu'elle interprète comme des tentatives par M. Morsi et les Frères islamiques de garder la main sur le pouvoir politique. Le groupe principal d'opposition, le Front du salut national, a indiqué qu'il se prépare déjà aux élections pour la chambre basse du parlement, qui seront tenues tôt l'an prochain.

Démontrant la fragilité de l'administration du président Morsi, le vice-président égyptien, Mahmoud Mekki, a démissionné pendant l'élection de samedi.

La télévision d'État avait également annoncé la démission du gouverneur de la banque centrale du pays, Farouq el-Oqdah, mais a plus tard annoncé que le cabinet l'avait refusée.

Mahmoud Mekki, un juge de profession, avait déjà manifesté son intention de quitter son poste lorsque le charte proposée serait adoptée. De toute façon, la nouvelle constitution élimine la vice-présidence.

M. Mekki a lu une déclaration à la télévision d'État où il laisse entendre que son départ précipité pourrait être lié aux politiques du président islamiste Mohammad Morsi. Il a ajouté qu'il avait offert sa démission, le mois dernier, mais que les événements l'avaient convaincu de demeurer en poste.

En poste depuis 2003, M. El-Oqdah a plusieurs fois essayé de démissionner mais l'administration tente de le convaincre de rester.

Au cours du dernier mois, sept des 17 principaux conseillers de Morsi et le seul chrétien parmi ses quatre adjoints principaux ont démissionné.