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22/12/2012 04:18 EST | Actualisé 20/02/2013 05:12 EST

L'Irak privé de son président au moment où se profile une nouvelle crise

L'Irak, dont le président Jalal Talabani est soigné en Allemagne, est privé de son médiateur clé au moment où le conflit opposant le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki et les sunnites du bloc laïc Iraqiya semble sur le point d'être relancé.

Premier chef d'Etat kurde d'Irak, M. Talabani s'est construit une solide réputation d'homme de paix pour avoir tenté de réduire les profonds clivages qui persistent entre les communautés sunnite, chiite, arabe et kurde du pays.

"Si sur le papier le rôle de (Talabani) est (...) limité, son influence et ses compétences de médiateur ont permis d'attenuer les troubles sur la scène politique du pays", estime John Drake, expert au sein du groupe AKE.

"Certains peuvent considérer son poste comme +protocolaire+, mais il l'a rendu beaucoup plus actif, grâce au dialogue et à la négociation, qui jouent un rôle important dans la vie politique irakienne", précise-t-il.

Hospitalisé en urgence à Bagdad pour une attaque cérébrale, selon la télévision officielle, M. Talabani a été transféré jeudi dans un hôpital de Berlin pour recevoir des soins.

Une absence qui intervient alors qu'une nouvelle crise politique se profile, après l'arrestation jeudi d'au moins neuf gardes du ministre des Finances Rifaa al-Issawi, membre d'Iraqiya.

Le porte-parole du Conseil supérieur de la justice, Abdelsattar Bayraqdar, a indiqué à l'AFP que les neuf gardes avaient été interpellés en vertu de la loi antiterroriste, affirmant que le chef des gardes avait avoué depuis avoir perpétré des "actes terroristes".

Après avoir fait état devant la presse d'un "raid" à son domicile et au ministère, et de l'arrestation de 150 gardes, M. Issawi a réclamé jeudi soir la démission du Premier ministre "parce qu'il ne s'est pas comporté en homme d'Etat".

Vendredi, Nouri al-Maliki a répliqué, en exprimant son "étonnement" face au lien établi entre "l'affaire des détenus" et les "querelles politiques", évoquant une tentative de "pousser tout le pays vers un conflit confessionnel".

Il a cependant reconnu que certains membres des forces de sécurité "n'avaient pas agi professionnellement" lors des arrestations.

Ces nouveaux développements risquent de relancer le conflit opposant le Premier ministre chiite, accusé d'accaparer le pouvoir, au bloc Iraqiya, soutenu par les sunnites.

En vertu de la Constitution irakienne, "le vice-président de la République remplace le président en cas de vacance du poste pour n'importe quelle raison".

Un des deux vice-présidents, Khoudaïr al-Khouzaï, assume actuellement ce rôle.

Le second, Tarek al-Hachémi, qui appartient à Iraqiya, s'est réfugié en Turquie: condamné à mort par contumace cinq fois, notamment pour meurtres et complot contre un responsable de la sécurité, ce critique virulent de M. Maliki rejette toutes les accusations portées contre lui, assurant qu'elles ont été montées de toutes pièces pour des raisons politiques.

Si M. Talabani, 79 ans, était obligé de prendre sa retraite pour des raisons de santé, la scène politique irakienne pourrait connaître de nouveaux bouleversements.

Selon la Constitution, "le Parlement devra élire un nouveau président, dans une période n'excédant pas les 30 jours à partir de la date à laquelle le poste est devenu vacant".

"Si Talabani n'était plus président (...) nous assisterions probablement à de nombreuses négociations" entre les différentes forces politiques, risquant de durer plusieurs semaines voire plusieurs mois, souligne M. Drake.

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