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22/12/2012 09:13 EST | Actualisé 21/02/2013 05:12 EST

Egypte: au pied des pyramides sans touristes, des électeurs mécontents

Depuis des millénaires qu'il veille sur les pyramides de Guizeh, le Sphinx a vu passer d'innombrables visiteurs. Mais samedi, jour de référendum sur une nouvelle Constitution égyptienne, les touristes étaient rares et les vendeurs mécontents légion.

Les immenses parkings à autocars autrefois bondés sont largement vides, les échoppes des marchands et leurs rayons de bibelots désertées, et les guides désoeuvrés.

"Le tourisme ne marche plus en Egypte", grommelle Adel Anouar, 32 ans, un vendeur de souvenirs installé au pied des pyramides mondialement célèbres, en lisière du Caire.

Le tourisme a durement pâti de l'instabilité provoquée par la chute en février 2011 du régime de Hosni Moubarak.

Ce secteur phare de l'économie égyptienne, qui a généré 12,5 milliards de dollars de recettes en 2010, a enregistré des revenus de 30% inférieurs en 2011, selon des chiffres officiels.

Le gouvernement assure que la situation est en voie d'amélioration, mais les troubles et les incertitudes politiques qui ont jalonné 2012 ont régulièrement pénalisé cette reprise.

La capitale Le Caire, avec ses successions de manifestations parfois meurtrières retransmises par les télévisions du monde entier, est particulièrement touchée par cette désaffection.

En ce jour de vote, ceux qui vivent du tourisme dans le secteur de Guizeh blâment moins les médias ou la frilosité des visiteurs étrangers que la classe politique.

La majorité des critiques va aux islamistes qui soutiennent le président Mohamed Morsi, réputés réservés face à un secteur touristique autrefois choyé par le régime Moubarak.

"Il nous faut un pays stable pour faire revenir les touristes, mais le pouvoir islamiste ne fait que provoquer la colère et l'instabilité", affirme Sayyed Abdel Tawab, un guide qui assure que ses revenus sont tombés de 32 à 11 dollars par jour.

"Les islamistes ont ruiné ma vie et mon activité", se lamente-t-il.

"Ni le +oui+ ni le +non+ au projet de Constitution ne vont ramener la stabilité", déplore pour sa part Demerdach Ghoneim, qui tient un bazar à souvenirs devant lequel une dizaine de chevaux attend vainement des promeneurs.

"Les Frères musulmans (dont est issu le président Morsi) ont divisé le pays avec ce texte, et les extrémistes islamistes découragent les touristes de venir", ajoute-t-il.

Adel Anwar, son voisin d'échoppe, déplore que sur les 236 articles du projet de Constitution, "aucun ne soit consacré au tourisme", alors que certains parlent de l'agriculture ou de l'industrie. Preuve selon lui que les islamistes qui ont rédigé ce texte "ne s'intéressent pas à nous".

Dans ce quartier populaire où les files d'électeurs s'étirent devant les bureaux de vote, tous ne blâment pourtant pas les islamistes, et accusent l'opposition laïque, vent debout contre le projet de loi fondamentale.

"Je vote +oui+ à la Constitution pour la stabilité", affirme Ahmed el-Libi, 52 ans, la barbe courte, qui loue des chevaux pour faire des promenades autour des pyramides.

"Les Frères musulmans vont ramener cette stabilité, ils ne sont pas des extrémistes. C'est l'opposition qui n'est pas patriotique", assure-t-il.

Les Frères musulmans, sortis vainqueurs jusqu'à présent de tous les scrutins organisés depuis le départ de Hosni Moubarak, ont à de multiples reprises cherché à rassurer le secteur touristique, qui emploie directement ou indirectement près d'un Egyptien sur dix.

Mais les fondamentalistes salafistes avec lesquels ils s'allient fréquemment, notamment pour ce référendum, relancent régulièrement le débat sur les ventes d'alcool ou le port du bikini sur les plages, de nature à décourager les visiteurs.

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